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La société des projets

« Ce qui distingue le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit préexiste dans la tête du travailleur » K. Marx

Pas de sujet sans projet. Toute vie est tendue vers un avenir pour sa survie, développement ou épanouissement, appelée à faire advenir une nécessité ou un désir, et obligée de penser au préalable les cohérences et conditions de possibilité à court, moyen ou long terme. Quel que soit le but (produit, œuvre, tâche, relation…), toute action fait advenir un pas-encore-là. Et selon son ampleur et sa complexité, l’échelle de ce temps différé ouvre à plus ou moins d’inconnus. Pro-jeter, c’est un processus évolutif d’ajustements successifs par la levée progressive des incertitudes.

Le rapt néolibéral de ce principe anthropologique assigne en réalité les sujets vers des tâches et objectifs imposés, et réduit à néant leurs capacités et désirs de projection. Contre cette nouvelle dépossession facteur d’aliénation et d’impuissance, l’auteur explore comment redonner à chacun-e le pouvoir de se projeter ensemble et durablement.

Un tel pouvoir autonome et commun de déterminer les finalités et modalités qui font notre monde, jamais abandonné aux politiques ni subordonné aux experts, appelle des institutions nouvelles qui garantissent aux sujets individuels et collectifs les ressources et le temps nécessaires pour penser, façonner et réaliser leurs projets.   

Makan Rafatdjou

La société de projet, Amaena Guénot, CNRS Éditions, 283 p., 2025, 25 €

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