Depuis plus 9 mois, suite à l’effondrement de l’auvent de la gare de Novi Sad, le 1er novembre 2024 faisant 15 victimes, un profond mouvement de contestation du pouvoir en place agite la Serbie. Initié par les étudiants qui ont occupé les universités et installé un vaste mouvement d’auto-organisation dans leurs murs, la révolte a gagné l’ensemble de la société notamment les salariés et leurs syndicats qui ont rallié le mouvement étudiant.
Parmi les acteurs en pointe, citons le Front Social qui est une initiative étudiante visant à mettre en réseau les étudiants en grève et les travailleurs, syndiqués et non syndiqués, ainsi que tous les autres groupes de travailleurs et de citoyens et qui lutte contre la privatisation de la plus importante compagnie d’énergie de Serbie EPS. « Ils ont démantelé le système, des entreprises clés ont été privatisées, les travailleurs subissent des pressions et des licenciements. Avec cette politique, notre système énergétique est plus que menacé » explique le Front social qui multiplie assemblées générales et manifestations. Les revendications des travailleurs de cette entreprise sont le retour d’EPS à la forme d’entreprise publique – « car seul ce statut protège l’intérêt public, la fin immédiate de la répression et la réintégration des travailleurs qui ont été licenciés à cause de leurs opinions, le droit des travailleurs à avoir leur mot à dire dans le processus d’introduction des énergies renouvelables et de préservation des emplois » ajoute le Front social.
Le pouvoir tétanisé pendant plusieurs mois par cette contestation multiforme tente aujourd’hui de reprendre la main par la répression. Les étudiants sont violemment expulsés des universités qu’ils occupent, des syndicalistes sont licenciés, et des groupes d’individus masqués attaquent matraques à la main les manifestants en coordination avec les forces de police. De violents heurts se sont également produits avec la police notamment devant les universités. Le pouvoir espère ainsi éteindre le feu de la contestation avec ses bandes armées.
Cependant, au bout de neuf mois d’assemblées générales, de débats, d’occupations diverses et surtout d’expériences d’auto-organisation démocratique, il est peu probable que l’éteignoir de la répression vient à bout de la fièvre serbe. Cependant alors que le mouvement étudiant, lucide et courageux, déclarait il y a quelques mois, ne pas vouloir diriger le mouvement de contestation et appelait la population à prendre son destin en main par une auto-auto -organisation généralisée, la question des perspectives politiques restent en suspens. Le plénum étudiant de la Faculté de philosophie de Belgrade vient de demander « des élections, car nous avons la conviction qu’il est nécessaire de rendre la souveraineté aux mains de tous les citoyens de l’État de Serbie, qui ne peuvent permettre la libération et le fonctionnement indépendant de toutes les institutions de l’État que par des moyens démocratiques. »
Un début de réponse ? Mais reste à savoir qui seront les candidats au pouvoir et sur quel programme. Les partis d’opposition installés sont d’ores et déjà discrédités.
Patrick Le Tréhondat
[1] Mot nouveau signifie retour de bâtons



A lire également
Quid de l’organisation révolutionnaire ?
Le conflit pour faire démocratie
Rennes, une citoyenne à la mairie