Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Taper au national avec une bonne plaquette de revendications 

Entretien avec Diangou Traoré, militante associative du quartier du Franc-Moisin à Saint-Denis

Je vais partir du collectif Franc-Moisin. On a eu un problème de surfacturation d’eau qui pouvait s’élever jusqu’à 10 000 €. Et à la cité Allende, c’est pareil. Au collectif, on a décidé de faire un appel à un rassemblement pour la dignité, et aussi pour résister à des mesures très graves.

Depuis des années on vit dans les quartiers, on paie, on paie, on résiste et on veut aussi la dignité. Cet appel portait sur la rénovation urbaine, sur les interventions policières, sur le pont tournant « sans lequel le quartier est isolé », sur les surfacturations d’eau et sur le prix des box de parking, qui était assez élevé. Il y avait une jeunesse sacrifiée, école, collège, un peu de tout, aussi parcours sup et une invasion de rats dans la cité. 

Dans cet appel vraiment on accusait l’État, la municipalité, de nous délaisser et de nous abandonner. Nous disons non, et le 1er appel (le 8 mai 2021) on a pris cette date symbolique, pour marcher jusqu’à la mairie. Nous avons convergé notre lutte avec le collectif Allende et d’autres quartiers qui avaient aussi des surfacturations d’eau. 

Quand on voit la marche du 8 mai, cette date a un sens aujourd’hui. Elle sera réitérée chaque année de manière symbolique car nous voulons la dignité à tous les niveaux. Quand on parle des surfacturations d’eau c’est au passé même si on garde un œil dessus. On a été sacrifié sur les m3 d’eau ; le coût était plus qu’exagéré, on a dû sortir dehors pour dire au bailleur que ce n’était pas notre fait, qu’on n’avait pas été prévenu, ce n’est pas normal, il faut interpeller les député.e.s. Aujourd’hui on repart au combat parce que nous n’avons pas de chauffage chez nous. Nous sommes obligés de repartir au combat, de faire appel à d’autres collectifs, comme Aubervilliers, faire appel au collectif de la cité Allende, à tous les collectifs de Saint-Denis, Droit au Logement, MRAP, Solidaires, tous ceux qui sont proches des habitants, pour repartir en lutte. On ne parle pas du quartier en oubliant l’écologie ! Les bâtiments sont mal isolés, nous payons des loyers depuis des lustres. Aujourd’hui l’État nous dit 19 degré, au milieu d’une pièce, il ne fera jamais 19°, avec tous les courants d’air. C’est une passoire thermique. Rien n’a été réhabilité donc on repart au combat et il faut être conscient que c’est de l’écologie, le chauffage, l’électricité qui augmentent, alors qu’on est obligé de montrer au bailleur qu’il fait 15 ou 16 degrés. 

En repartant au combat on est obligé de faire du lien. La semaine dernière les habitants-es d’Aubervilliers, ont manifesté devant le siège de l’OPH puis devant la mairie.. La semaine dernière nous le collectif Franc-Moisin, nous étions une trentaine à la loge du gardien où l’on a expliqué qu’il fallait allumer la chaufferie. Plus de cent personnes, de Cosmonautes, Romain-Rolland (autres quartiers de Saint-Denis) sont partis à 17h30 au pied de PCH porte de Paris. Tout cela va se mettre en réseau et se battre pour nos droits et pour avoir du chauffage. D’où l’importance de mettre en lien tous ces petits collectifs, de les faire tous grossir, C’est un exemple de notre lutte aujourd’hui pour faire valoir nos droits. 

Au niveau de la CAF ou de la CPAM, il faut prendre aussi cette lutte à bras levés. Pourquoi y-a-t-il une queue indéfinie à l’accueil de CPAM du Stade de France ? Pourquoi n’arrive-t-on pas à automatiser certaines prestations sociales, alors qu’on automatise EDF, avec Linky. Là ils y arrivent ! Automatiser certaines prestations permettra d’éviter que les habitants les plus précaires perdent leur temps à faire la queue. Une heure à 3 heures de perdues pourraient être utilisées autrement, avec leurs enfants, petits-enfants, faire des activités, des sorties, des aides au devoir, plein de petites choses qui se passent dans les quartiers ; Il faut le mettre en évidence ce problème

Aujourd’hui le logement est le nerf de la guerre et on est obligé d’aller jusqu’au niveau national. Là on est à Saint-Denis de manière locale mais à un moment donné il faudra faire une convergence des luttes, monter tout cela au national et faire une grosse manifestation ni à Bastille, ni à République, ces lieux symboliques mais aller à l’Assemblée Nationale. Le droit au logement est fondamental. On ne peut pas laisser les habitants dans des logements indignes, où la loi DALO n’est même pas respectée, les logements sont des passoires thermiques, c’est incroyable, on se demande ce qu’il se passe alors que l’habitant est toujours obligé de payer ! On a l’impression que cela réconforte les bailleurs sociaux et l’État. Il faut remonter tout cela et pour cela créer du local.  En remontant le tout au national, on fait un « rassemblement », une manifestation à côté de laquelle on défend nos revendications légitimes. Manifester c’est bien mais nous devons préciser ce que nous voulons : des logements conformes, sans augmentation des loyers sans charges abusives, les premiers m3 d’eau gratuits, il faut définir une plaquette de revendications. 

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