Horizons d'émancipation

Déstructurer l’école, un objectif très politique

L’école primaire française présente la singularité d’un fonctionnement collectif inscrit jusqu’à présent dans les textes qui la régissent.

Tout d’abord, cette structure n’a pas d’entité juridique, d’où l’absence de conseil d’administration et donc de chef d’établissement. Elle est l’échelon le plus abouti et historiquement le plus ancien d’une gestion déconcentrée d’un service public entre commune, bailleur gracieux du bâti, et État. De par la loi, la commune organise le besoin scolaire et l’État reconnaît le besoin scolaire. Deux entités distinctes régissent la structure, le conseil d’école et le conseil des maîtres.

Le conseil des maîtres propose ou décide de l’organisation de chaque école. Le directeur ou la directrice, lui-même membre du conseil des maîtres, met administrativement en application ce qui a été décidé. Ce mode de fonctionnement est le fruit d’une histoire et d’une volonté absolue des enseignants du premier degré de préserver le collectif et la liberté pédagogique, comme remparts à la volonté managériale de l’État.

Le 22 décembre 2021, la loi « créant la fonction de directrice ou de directeur d’école » dite loi Rilhac, est publiée au journal officiel. Elle remet en cause la structure même de l’école en donnant au directeur une autorité fonctionnelle et en lui délégant des compétences qui le font rentrer dans la chaîne hiérarchique et le placent de fait hors du collectif.  En faisant du directeur un exécutant solitaire et docile, révocable à tout moment, en introduisant dans l’école de nouvelles formes managériales et une nouvelle gouvernance qui s’appuie sur les indicateurs fournis par les évaluations nationales pour imposer des contenus pédagogiques et distribuer les moyens, le gouvernement franchit le pas vers la mise en concurrence des écoles au sein des territoires et à terme vers l’atomisation de l’Éducation Nationale.

La concertation, la décision collective, l’égalité  fonctionnelle sont autant d’obstacles sur la feuille de route des libéraux.

Les écoles françaises présentent une autre spécificité que la droite a toujours combattue, celle d’être nombreuses et présentes sur tout le territoire, parfois comme dernier service public. L’idée de concentrer les écoles dans des établissements publics ou dans des réseaux n’est pas nouvelle, mais elle a toujours été refusée par les enseignants comme par les élus des collectivités territoriales.

La réforme de l’école en cours s’inscrit aussi dans cette volonté de supprimer le maximum d’écoles pour concentrer l’autorité et la décision, exercer une surveillance rapprochée et réduire de fait les dépenses publiques. Avec, comme conséquence, des espaces entiers privés d’écoles publiques et des citoyens contraints de se déplacer ou de faire déplacer leurs enfants hors des territoires qu’ils habitent.

Le passage de l’état social vers l’état libéral s’impose par une gestion verticale, donc autoritaire de la société. La concertation, la décision collective, l’égalité fonctionnelle sont autant d’obstacles sur la feuille de route des libéraux qui ont comme moteur principal la volonté de restriction des dépenses publiques, vecteur de développement d’inégalités sociales.

Martine Derrien SNUipp-FSU (syndicat du premier degré de la FSU)

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