Editorial

Fini le temps des colonies?

En Guadeloupe, Kanaky, Martinique, pays sous  joug de la colonialité française, là non plus le capitalisme n’a pas inventé l’épidémie de COVID-19. Il est néanmoins responsable de sa propagation mondiale, des décisions des (Ir) responsables gouvernementaux, des mesures punitives parfois sans aucun rapport au COVID, de la destruction continue des services publics, des déclarations aussi péremptoires que contradictoires, etc. C’est le terreau de proclamations désespérées, dangereuses. Pour autant, elles ne  cachent les réalités massives. Le mouvement Guadeloupéen essentiellement « contre le vaccin » ? 85% du personnel soignant est vacciné ! Il n’empêche sa participation aux grèves, manifestations, blocages de rues, est notoire.

La rébellion a son lot d’exactions qui contredisent l’élan émancipateur. Choux gras de la presse métropolitaine aux ordres, elles sont l’écho et la rançon de l’immense misère populaire et de la rage douloureuse de la jeunesse.  Se joue la construction collective, pas à pas, entre hésitations, et incertitudes, d’un mouvement où premières et premiers concernés.es prennent leurs affaires en mains. Ainsi des travailleurs/ses de la santé. Sans attendre les consignes hiérarchiques, elles et ils ont souvent désobéi pour sauver des vies dès le début de la pandémie[1]. Cette rébellion gagne tous les secteurs. Les enseignants exigent, entre autre, que le bâtis scolaire chancelant soit rénové et débarrassé de ses rats. 2 jours sur 3 on vit sans eau en Guadeloupe, et quand elle coule, c’est chlordécone et matières fécales comprises. Mais le gouvernement répond par l’envoi du GIGN et du RAID pour appuyer les forces militaires et policières d’occupation déjà présentes.

Guadeloupe, Martinique : on parle là d’une population victime d’un empoisonnement de masse, poursuivi par l’Etat colonial durant des dizaines d’années afin d’assurer les profits liés à la monoculture de la banane. L’Etat a empoisonné 95 % de la population de la Guadeloupe, 92% de celle de Martinique et pollué les sols pour six siècles. La population se révolte, se rassemble autour des organisations syndicales qui fédèrent une alliance, dans laquelle on trouve une dynamique, proche des pratiques et réflexions d’une partie des Gilets jaunes en France (réappropriation des territoires, action directe, revendications sur le pouvoir d’achat et les libertés, démocratie…).

Dans l’océan pacifique, au profit d’un impérialisme français affaiblit, jouant des exigences des partisans de la Kanaky française, l’Etat colonial impose sa date de referendum sur l’avenir du pays malgré la non-participation du peuple premier, le peuple Kanak qui doit d’abord faire le deuil de ses morts[2].

Catherine Destom-Bottin

Christian Mahieux


Version audio lu par Laurent Eyraud-Chaume

[1]           Voir les nombreuses luttes collectives émancipatrices de ces travailleurs et travailleuses dans le monde entier. Un aperçu dans Covid, un virus très politique, collectif, Editions Syllepse, 2020 ou sur www.laboursolidarity.org/-Sante-

[2]           Voir dans ce numéro l’interview de Iabe Lapacas et les informations du collectif solidaritekanaky.fr

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