Editorial

Les petites communes passent au jaune.

Janvier 2018, maire d’une petite commune, 500 habitants, la gazette locale l’interroge : « quels faits marquant pour 2017? les premiers six mois du gouvernement sont-ils satisfaisants ? ».

Le maire évoque alors « l’enlisement de tous les partis politiques, leur effacement et l’émergence d’un nouveau parti : En Marche, valable au niveau mondial ! Quant aux 6 mois, c’était trop tôt pour juger. Janvier 2019, même maire même gazette : exit l’a priori favorable !

En mairie, il a ouvert une urne à doléances : « la base n’est pas écoutée, la base en a marre de toujours payer. Au début, c’est la taxe sur les carburants qui a fait déborder le vase. Ici tout le monde est obligé de prendre sa voiture pour aller travailler. Il n’y a pas de transport. La plupart des gens d’ici travaillent en usine. Ils ne peuvent pas changer de voiture tous les ans, alors la voiture propre… ».

Je vois dit-il « les gilets jaunes comme un soulèvement de la base. J’ai installé cette urne parce qu’on n’en est plus au seul carburant, il y en a marre. Prenons la taxe d’habitation, sa suppression est une faute, […] je n’ai pas d’illusions un jour ou l’autre on ne touchera plus les dividendes promis par le gouvernement, et les communes devront mettre en place un nouvel impôt pour faire face. Les doléances c’est pour montrer qu’on a quelque chose à revendiquer. Il y a tous les gens concernés par les petites retraites, les petits salaires, les taxes en tout genre, le manque de personnel dans les hôpitaux, etc. Tout le monde se plaint et puis, l’urne c’est pour que les gens écrivent, […] Il faudra des réunions à la base en mairie pour que les gens puissent dire et porter leurs revendications, un tirage au sort pour en discuter c’est insupportable. Il faut que les gens qui ont des revendications puissent les formuler et les porter eux-mêmes ».

Enfin, interrogé quant à la connotation cahier de doléances et révolution française, le maire a cette belle réponse : « Ce n’est pas encore la révolution mais ça y ressemble un peu. Malgré les casseurs il y a un malaise de fond qui n’a rien à voir avec 68. Là c’est le peuple qui se soulève. Et les femmes : maintenant ce ne sont plus seulement les hommes qui sont dans la rue, elles sont déterminées à faire céder le gouvernement. D’ailleurs maintenant que le président a commencé à lâcher un peu il devra lâcher sur tout, il sera obligé de faire des concessions, les gens sont exaspérés ».

Le maire l’ignore probablement, mais les militants alternatifs ont longuement instruit la visée auto-gestionnaire de l’action populaire émancipée du système représentatif, la question est à présent dans la rue.

 

OLYMPUS DIGITAL CAMERACatherine Destom-Bottin

Article paru dans le Numéro 1 de Cerises, la coopérative

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