Notes d'actualité

Afghanistan : Paroles de femmes révolutionnaires

Depuis l’entrée dans Kaboul des talibans en armes, les médias font mine de redécouvrir les droits des femmes menacés dans ce pays. Bien sûr, ils le sont, et avec des conséquences prévisibles effroyables. Mais si les forces les plus réactionnaires, sexistes, homophobes triomphent, l’impérialisme n’y est pas pour rien ; d’une part, il les a aidées quand il le jugeait utile, d’autre part c’est en opposition à ses méfaits que ces courants prolifèrent. Fausse solution, certes.

Quelques semaines avant la prise de pouvoir des talibans, négociée avec le régime américain en février 2020 à Doha, une porte-parole de RAWA (Association Révolutionnaire des Femmes en Afghanistan) donnait des précisions éclairantes[1]. Des 20 ans d’occupation américaine n’a pas résulté une situation mirifique ; loin de là.: « Il y a eu quelques succès, comme le fait que les filles ne sont plus interdites d’école et que les femmes ont pu exercer certains emplois. Les médias ont réussi à atteindre les villages les plus reculés et les gens ont eu accès aux émissions de radio et de télévision. Des systèmes de communication tels que les téléphones portables et l’internet ont été introduits. Ces choses peuvent sembler évidentes, mais pour un pays très pauvre et arriéré, ce sont de véritables conquêtes. Mais dans le même temps, la corruption s’est généralisée et le fossé entre les riches et les pauvres s’est creusé. Sous le régime des talibans, la culture de l’opium a été interdite, mais aujourd’hui, l’Afghanistan est la plus grande base de contrebande de drogue tandis que les divisions ethniques et les affrontements armés sont à leur plus haut niveau […] Les femmes afghanes sont les premières victimes de la guerre et de la violence persistante. Des cas de viols, d’enlèvements, de mariages forcés, de mariages de mineurs et de violences domestiques sont signalés quotidiennement. La principale [raison]est la forte emprise de ces fondamentalistes qui ont été soutenus par les États-Unis et qui sont les mêmes misogynes qui siègent au parlement, qui font les lois, qui contrôlent la police, le système judiciaire et tous les organes gouvernementaux. […] Nous étions totalement contre cette occupation et la présence de ces troupes. […] Tant que les États-Unis et de nombreux autres courtisans impliqués tels que le Pakistan, l’Iran, la Turquie, et même la Russie, la Chine et l’Inde trouveront leur intérêt à soutenir des fondamentalistes religieux et des criminels connus, il sera difficile de trouver une solution. […] RAWA croit fermement qu’aucune nation ne peut recevoir la paix et le progrès comme si c’était un cadeau. Les nations doivent se battre, construire la paix de leurs propres mains, pour avoir un lien solide avec elle. »

RAWA est une organisation politique et sociale de femmes fondée en 1977 à Kaboul. Elle a par exemple scolarisé clandestinement, sous les talibans, des milliers de femmes. RAWA s’est opposé aux interventions étrangères successives dans ce pays, que ce soit celle de l’URSS, ou des États-Unis et de ses alliés, dont la France. Ces derniers ont, dans un premier temps, financé des forces réactionnaires pour combattre les soviétiques, puis, en 2001, ont envahi l’Afghanistan pour écarter du pouvoir les talibans qu’ils avaient contribué à installer.

Christian Mahieux


[1]           L’interview complète est disponible sur le site du Réseau syndical international de solidarité et de luttes (laboursolidarity.org)

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