Editorial

49-3, et après ?

Ça y est ! C’est le 49-3 qui va décider de la réforme des retraites, si fortement combattue et si massivement rejetée, dispositif autoritaire par excellence de l’arsenal  du régime de monarchie présidentielle de la Veme République ! Courageusement le gouvernement n’ose pas affronter les parlementaires, pourtant il en a la majorité.  Il met à profit l’ambiance et l’interdiction de rassemblements liées au Coronavirus. Éclatante démonstration de l’antagonisme démocratique béant entre « légalité » et « légitimité » politiques, au cœur de la crise institutionnelle des régimes parlementaires épuisant le jeu de la représentation !

Une double question politique  se pose : que nous est-il encore permis d’espérer ? Et qu’est-ce que cette espérance objectivée en visée politique invite à donner comme suite aux diverses mobilisations ? Est-ce que ce coup de force sonne la fin de la contestation ?

Cela a été souvent le cas…en attendant de nouvelles élections où un changement de majorité remplaçait la loi contestée par une nouvelle loi. En somme : les règles du jeu institutionnel cadraient le mouvement social, régulaient ses temporalités et rythmes, et en sur-déterminaient le contenu et la portée politiques !

La question que l’on doit  se poser aujourd’hui est à la fois spécifique au contexte politique français actuel, et d’une portée bien plus universelle : face à un pouvoir politique légal qui par sa mainmise institutionnelle abuse de façon autoritaire et éhontée de son pouvoir régalien, mais qui se retrouve dans un état manifeste d’illégitimité sociale et politique, quelles suites pourraient être données aux mouvements sociaux et aux actions politiques après le vote d’une loi scélérate ?

Question  concrète et pratique : par son ampleur, son unicité et sa diversité, la multiplicité des acteurs et citoyens qu’il a mobilisés et continue de mobiliser, et la richesse des débats et propositions qu’il a porté, le mouvement contre la réforme des retraites a une portée politique bien plus large qu’il convient d’assurer et assumer.

Aucune mobilisation ne se décrète, et son évolution est toujours largement fonction des énergies et souffrances individuelles et collectives engagées, mais aussi des déceptions et espérances qu’elle entraîne, et des prises de conscience et des pouvoirs d’agir qu’elle a libérées. Il relève donc de la responsabilité de l’ensemble de ses protagonistes, citoyens et associations, structures et militants syndicaux, élus et partis politiques, de réfléchir sans fléchir aux suites fertiles à lui donner, tant les perspectives ouvertes semblent avoir fragilisé la toute puissance du pouvoir légal, et l’avoir acculé à montrer son vrai visage, et les véritables intérêts antidémocratiques qu’il sert si servilement.

Makan Rafatdjou

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