Horizons d'émancipation

Mouvements sociaux et Construction européenne

Europe : la révolution, possible?

Le débat des élections européennes ne passionne pas les foules. Les Gilets Jaunes parlent même de mascarade électorale. L’abstention sera à nouveau le principal marqueur du scrutin. Les résultats s’annoncent désespérants, entre enracinement des forces européennes d’extrême droite et absence d’alternative crédible à gauche. Pour autant devons-nous nous désintéresser de l’enjeu que constitue la dimension européenne de contestation du système capitaliste ? Peut-on faire la révolution dans un seul pays ? Où en sommes-nous des enjeux syndicaux européens ? Y-a-t-il des luttes européennes prometteuses ? Tous les articles du dossier sont ici.

Comme le disait il y a un an Gus Massiah[1] «Nous vivons une période de grands bouleversements et de grandes incertitudes. Une période de fortes contradictions qui structurent le champ des possibles et qui confirme que l’avenir n’est pas prédéterminé. ». Depuis 1957 la construction européenne a été émaillée de luttes sociales pour tenter d’infléchir les choix faits par les institutions européennes, d’abord sur les questions agricoles puis à partir des années 80 sur les politiques industrielles. On peut rappeler les grandes manifestations réunissant des travailleurs de France d’Allemagne de Belgique pour sauver la sidérurgie. Mais les luttes étaient avant tout nationales. A la fin des années 90 un début de construction d’un mouvement social européen voit le jour avec en France les États Généraux du mouvement social à l’initiative de Pierre Bourdieu. En 1993 une marche européenne contre le chômage est une première amorce. Les manifestations internationales voient le jour avec une manifestation d’ampleur qui tourne à l’émeute à Seattle fin novembre 1999 au moment d’une réunion de l’OMC. C’est le début du mouvement altermondialiste qui est marqué en France par la naissance d’Attac. En 2001 naît le premier forum social mondial qui sera rapidement suivi par le forum social européen. En juillet 2001 le G8 se réunit à Gênes. Ce sera l’occasion pour le mouvement altermondialiste et les mouvements sociaux d’organiser 3 jours de manifestations qui se solderont par un mort et des centaines de personnes tabassées, voire torturées par la police italienne. Le mouvement social tente de se structurer mais il rencontre beaucoup de difficultés à construire des mobilisations au niveau européen suffisamment fortes pour créer un rapport de force plus favorable. Malgré les difficultés, des résistances se construisent sur les questions des migrants ou les questions environnementales. Le mouvement social à l’échelle européenne se construit avec des soubresauts. Cependant la prise de conscience grandit que des solutions ne peuvent être qu’à l’échelle de l’UE. Exemple une multitude d’actions à l’initiative d’une trentaine d’organisations contre l’évasion fiscale a un retentissement dans de nombreux pays. Autre exemple des manifestations d’ampleur contre les accords de libre-échange ces deux dernières années. Soyons optimistes le mouvement social marque de son empreinte la construction européenne et les résistances s’organisent en mobilisant parfois beaucoup de monde et de jeunes (lutte contre le TGV Lyon Turin).

 L’avenir n’est pas prédéterminé en témoigne le mouvement des Gilets Jaunes.

Daniel Rome


[1]                            Membre du conseil scientifique d’Attac. Il a été président du CRID. Il est membre du conseil international du Forum social mondial

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