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Michelle Perrot : une historienne engagée

Michelle Perrot est une historienne à la fois pionnière et engagée… ce qu’elle dit devoir en grande partie à son éducation : entre une famille (et notamment un père) très libérale, qui l’a considérée « comme un fils », ce qui juste après guerre signifiait la liberté. Notamment dans ses choix, et un cours Bossuet religieux et conventionnel. Elle raconte : « Qu’est-ce que tu veux faire ? lui demande son père après le bac. Tout était possible et ouvert. «  Historienne » répond-elle à la stupéfaction de ses parents qui envisageaient « une autre carrière ».

Elle commence par travailler non pas sur mais avec les ouvriers, P. Labrousse, directeur de thèse, lui ayant expliqué qu’elle ne ferait jamais carrière à travailler sur le féminisme.

Dans les années 68, M. Perrot, à la Sorbonne, découvre le marxisme et adhère au Parti Communiste, ce qui restera le fil directeur de toute sa vie. Dans Les ouvriers en grève, en 1971, elle donne déjà toute la dimension qui sera la sienne comme historienne du social, du récit et du qualitatif : faire parler « les zones d’ombre et de silence », ceux qu’on n’entend pas, les invisibles. Concernant les ouvriers, elle étudie les grèves, les luttes et les effets de l’industrialisation à partir des vies ouvrières : la pauvreté, les chambres, les jeunes, la ménagère et la place des femmes. 

Après un travail sur les prisons avec les détenus dans le sillage de M.Foucault, elle donne sa pleine mesure avec l’histoire des femmes (encore des invisibles et des sans-paroles), et du genre.

« Les femmes ont une histoire » nous fait-elle découvrir ! Là encore, et sans doute plus encore que pour les ouvriers, M. Perrot pratique une histoire du récit : la mémoire des femmes, les femmes rebelles, les corps en lambeaux, les chambres des dames, le genre de la ville, le travail des femmes, George Sand et Louise Michel ….et bien sûr, Simone de Beauvoir !

Elle décrit un  patriarcat « persistant », les systèmes de domination et la subversion des femmes. En historienne, elle s’intéresse aussi à l’effervescence des années 70, 80 et les  transformations sociales liées notamment au M.L.F et  à la loi sur l’avortement, le rôle actuel de #MeToo. Car dit elle : « L’histoire nous aide à comprendre le présent ».

Mélancolie ouvrière en 2012 fait la synthèse de ces thématiques.

M. Perrot se considère, en tant qu’historienne, comme un témoin en particulier du changement, qui donne la parole à ceux que l’on n’entend pas. L’histoire est pour elle quête de vérité, exige méthode et rigueur, et oblige à sortir de soi.

Une grande dame.

Bénédicte Goussault

Les ouvriers en grève, Tome 2, France 1871-1890, Michelle Perrot, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, Collection : Les ré-impressions, 2013, 15,99  €

Mélancolie ouvrière, Michelle Perrot, Editions Points Histoire, 2014, 192 p., 8.70

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