Pour affronter le capital mondialisé en crise, la solidarité internationale n’est pas suffisante. Le mouvement ouvrier et démocratique doit imaginer une autre mondialité, pour et par les peuples, remettant en cause le pouvoir des ultra-riches.
Ces derniers sont bien servis par les institutions mondiales et les États-nations qui accompagnent la concentration capitaliste qui franchit une nouvelle étape avec le poids croissant des grandes familles et les fonds de placement.
La France participe pleinement à cette évolution : elle est le troisième pays du monde comptant le plus de millionnaires selon la banque suisse UBS. Derrière les États Unis et la Chine.
Pas mal pour un pays dont on nous dit qu’il est champion du monde de l’impôt et des prélèvements sociaux. Tous n’ont donc pas pris la fuite…
Mais ce n’est pas si simple, un sondage réalisé pour le mouvement Proud to pay more (fier de payer plus) indique que 74% des millionnaires des pays du G20 sont favorables à l’augmentation des impôts sur la fortune pour aider à faire face à la crise du coût de la vie et à améliorer les services publics.
On retrouve parmi les signataires de la tribune du mouvement Proud to pay more l’héritière Abigail Disney, les acteurs britanniques Brian Cos, Simon Pegg, Richard Curtis etc. Leur texte : « Notre demande est simple : nous vous demandons de nous taxer, nous les plus riches de la société ».
Le sentiment que ce système, où la fortune des milliardaires à travers le monde croît de 5.7 milliards de dollars par jour, ne peut plus durer est largement partagé, même par des millionnaires inquiets pour l’avenir.
Dans le même sondage, 72% d’entre eux pensent que « l’extrême richesse contribue à acheter de l’influence politique ».
C’est que pour les ultra riches, l’accumulation de richesse n’est plus un objectif de meilleures conditions de vie mais de puissance, de pouvoir, elle devient une fuite en avant obligatoire dans ce monde capitaliste mondialisé où la rémunération maximale et immédiate du capital est l’unique boussole.
Selon une étude Euronex, les grandes famille (Arnault, Hermès et Bettencourt Meyers…) détiennent plus de 21% des capitaux du Cac 40. Les fonds d’investissement, emmenés par les Américains Black Rock, Vaugard et Capital groupe, possèdent eux plus de 25% des capitaux du Cac 40, une pénétration qui s’accélère. La même étude indique que 33% des actionnaires ne sont pas identifiés compte tenu du manque de traçabilité et de la volatilité des capitaux et des règles de secret des affaires !
Les fonds d’investissement ont largement de quoi imposer leur loi sur les marchés par la puissance des capitaux qu’ils gèrent, dont les mouvements sont scrutés par la masse des traders à l’affût du meilleur rendement pour les actionnaires.
Leur leader Black Rock ne se contente pas de gérer plus de 11 500 milliards d’actifs. Il a mis en place une véritable armée de conseillers lobbyistes que l’on retrouve dans tous les couloirs des grandes administrations et auprès de nombre de dirigeants du monde politique et des affaires qu’ils « conseillent ». Son patron vient d’être porté à la tête du forum de Davos. Plus qu’un symbole, l’affirmation d’un pouvoir.
Un pouvoir pour capter le plus possible de la richesse produite par le travail (valeur ajoutée) et permettre aux ultra-riches d’accumuler du capital, ce qui nourrit la financiarisation de l’économie, la spéculation et aussi l’évasion fiscale…
Et cette captation détourne d’énormes moyens au profit de quelques-uns, moyens qui manquent à la production de biens et services pour satisfaire les besoins réels non consuméristes des populations.
Il est donc légitime, utile et possible de taxer les ultras-riches, c’est une revendication politique que les luttes sociales pourraient prendre en compte.
Il est tout aussi légitime que les producteurs de richesses disputent partout dans le monde le pouvoir des ultra-riches pour que leur travail bénéficie pleinement à toutes et à tous.
Alain Lacombe



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