Majoritairement la presse française a fait mine de s’étonner de l’absence de Vladimir Poutine à ce sommet des BRICS comme seul intérêt de cet événement et pourtant…
Réunis à Rio, les BRICS ont adopté une déclaration soulignant l’élargissement du groupe à de nouveaux membres et partenaires. Le congrès a été l’occasion de lancer plusieurs initiatives conjointes sur le climat, la santé, l’intelligence artificielle et la sécurité spatiale, en ne manquant pas d’affirmer fermement sa détermination à refonder la gouvernance mondiale autour des priorités du Sud global.
Dans nombre de milieux alternatifs il est courant de faire part de défiance à partir de la présence d’États peu recommandables. Certes, encore que l’absence de Poutine et de Xi Jinping soit un signe, mais surtout, les BRICS rendent de façon visiblement mondiale l’aspiration à se dégager de l’emprise du dollar et de l’impérialisme. Ce 17ème sommet annuel des BRICS a notamment adopté un document majeur de 126 points entérinant l’élargissement du groupe, la refonte des mécanismes multilatéraux et de nouvelles initiatives dans les domaines monétaire, sécuritaire, climatique et technologique. En outre, le sommet a été marqué par l’intégration officielle de l’Indonésie comme sixième membre permanent du groupe, et l’admission de 11 nouveaux pays partenaires, dont le Nigeria, le Kazakhstan, le Vietnam et Cuba. Cette expansion vise à renforcer le poids du groupe, qui ambitionne désormais de représenter 45 % de la population mondiale et 37 % du PIB global.
Ce sommet a mis en place des réformes institutionnelles et une architecture financière alternative. Là encore, on peut dégager des limites, il n’empêche que les BRICS ont réitéré leur exigence de réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, avec des sièges permanents pour l’Afrique et l’Amérique latine, ainsi qu’une révision des règles de gouvernance du FMI, où ils demandent une augmentation de 5 % des quotas pour les pays émergents.
Mais, moment majeur du sommet, la Nouvelle Banque de Développement (NDB) est renforcée, tout comme le Contingent Reserve Arrangement, désormais porté à 300 milliards de dollars. Mais surtout, un pas fondamental est franchi, vers un système de paiements indépendant du dollar, avec l’adoption du protocole BRICS-Pay pour les transactions en monnaies locales. Brics-Pay sera basé sur les monnaies locales des pays qui l’utiliseront, ce qui éliminera le besoin de dollar pour des centaines de millions de personnes et évitera de coûteux frais de change. Fort de cette accessibilité au plus grand nombre, il pourrait trouver rapidement sa place dans les foyers des utilisateurs en remettant même en cause les systèmes bancaire des pays qui l’adopterait !
Agriculture, une Bourse des céréales des BRICS est lancée, couplée à un mécanisme commun de stockage stratégique répondant aux urgences alimentaires. Quant au climat, à la transition énergétique et aux minerais critiques, les BRICS ont adopté une feuille de route énergétique 2025–2030 intégrant énergies renouvelables et hydrocarbures, annonçant par ailleurs un fonds climat de 20 milliards de dollars, prévoyant une cartographie commune des ressources minières critiques.
Technologies et défense, le sommet a adopté d’une charte éthique sur l’intelligence artificielle, la mise à l’étude d’un réseau sous-marin de câbles BRICS, et le lancement d’un programme spatial conjoint. Sécurité, le sommet a approuvé la création d’un groupe antiterroriste, avec base de données sur les combattants étrangers, et mémorandum de cybersécurité.
Bien sûr, le sommet annuel des Brics n’est pas un moment révolutionnaire, mais faudrait-il pour autant être inattentifs à la volonté des Brics, dans un contexte géopolitique tendu, de réaffirmer le rôle croissant des pays du Sud et leur ambition de peser davantage dans les équilibres internationaux, commençant, pour une part certes, mais sans attendre, d’échapper au dollar.
Catherine Destom
Les assistés ne sont pas ceux qu’on dit
Contrairement au récit dominant, les grandes entreprises ne sont pas étranglées financièrement par les États, mais en sont les bénéficiaires privilégiés. Parallèlement, ce qu’on appelle « l’État social » devient la portion congrue. C’est particulièrement vrai en France mais le phénomène tend à devenir mondial.
La dépendance du capital aux finances publiques s’est considérablement renforcée depuis les crises de 2008 et 2020. Une étude de la revue Economy & Society (Juin 2025) évoque un « capitalisme d’État » qui vole au secours du système en difficulté, peinant à assurer un rythme d’accumulation croissant.
Loin des idées reçues, « Le fordisme était une période de haut investissement des entreprises et de faible soutien public, tandis que le régime d’accumulation financiarisée va de pair avec un faible investissement et un fort soutien public ».
Sur les trois dernières décennies, plusieurs éléments illustrent ce processus :
En France, ce n’est pas la croissance des dépenses publiques qui prive le budget de recettes, mais bien celle des aides aux grandes entreprises. Ces aides constituent le premier budget de l’État (211 MD en 2023), et augmentent 3 fois plus vite que les aides sociales et que le PIB !
Depuis l’étatisation de la Sécurité sociale en 1993, la contribution des employeurs baisse de 35 % (exonérations de cotisations). Elle est compensée par celle des contribuables (CSG) qui passent de 2 % à 30 %.
Enfin, la « dette publique » permet d’enrichir le capital financier. Au début des années 1990, avec Maastricht, les États européens renoncent définitivement à leurs pouvoirs de créer et de maîtriser la monnaie et sont contraints d’emprunter sur les marchés financiers.
Josiane Zarka



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