Délicieux.

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Les rayons et les ombres

Le film de X. Giannoli (réalisateur entre autres de illusions perdues) est à la fois un challenge et une provocation : après tant de films sur la Résistance, les trains qui sautaient, les juifs cachés par des justes… il fallait oser faire un film sur la collaboration pendant la 2eme guerre mondiale… Il l’a fait et fort bien !

Son film s’appuie sur des faits réels et avérés par des historiens (A.S Anglaret ; P. Ory) : Jean Luchaire directeur du journal les temps nouveaux (J. Dujardin) et sa fille Corinne (Nastia Golubeva Carax excellente) ont réellement existé et ont réellement collaboré avec le régime Nazi pour sauver le journal de l’un et la carrière d’artiste de l‘autre… A partir de là, la fiction peut se jouer de la vérité et c’est toute la force du film.

Jean Dujardin incarne un homme « quasi de gauche », ami d’un allemand Otto Abetz séduisant qui semble dans un premier temps, de bon aloi. Ils sont pacifistes, humanistes, et défenseurs du dialogue entre l’Allemagne et la France en 1939. Mais J. Luchaire va littéralement glisser vers et dans la collaboration avec les Nazis, plus par opportunisme pour sauver son journal que par réelle conviction idéologique, tandis que Otto Abetz deviendra ambassadeur du Reich à Paris et se révèlera un Nazi pur et dur (il fut dans la réalité un Nazi virulent).

Le père et la fille (elle suit son père)  sont dans une insouciance et un déni obscènes, participant à des fêtes orgiaques… Mais le spectateur reprend son souffle à la lecture de la lettre dans laquelle le père de Jean, Julien Luchaire s’indigne de la dérive de son fils dans une lettre qu’on n’inventerait pas !!!

La tuberculose du père puis de la fille même si elle est véridique sonne comme un symbole à la fois de la transmission et du dégout qu’ils inspirent.

La force du film tient dans la complexité et l’ambivalence de chaque personnage, et de chaque situation : rien n’est simple ni monolithique et le magnifique réquisitoire de R. Lindon au bout de 3 heures, rassure un peu le spectateur qui s’interroge, confronté à l’actualité et aux petits arrangements du présent. On est aussi ramené à la question perpétuelle des historiens : A quelle époque l’histoire s’écrit-elle ? et comment penser et juger hier dans le contexte d’aujourd’hui ?

«Comprendre n’est pas excuser » dit X. Giannoli face aux polémiques suscitées par son film. Certes. 

Bénédicte Goussault 

Les rayons et les ombres, réalisation Xavier Gianolli, actuellement en salle, avec Jean Dujardin, Nastya Golubeva Carax, August Diehl, drame historique, 195 minutes

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