Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Quelles pistes concrètes pour un nouvel écosystème politique ?

S’emparer de tous les sujets en fédérant des espaces (entreprises et territoires) et/ou en construisant des assemblées citoyennes.

Pierre Sauvêtre se sent « plus proche du communalisme, du mouvement ouvrier français parce qu’il a pensé le communalisme à travers l’idée d’une révolution sociale et politique. » Il replace notre réflexion dans l’histoire : 1848 et son mot d’ordre de former une République démocratique et sociale, creusée par le mouvement ouvrier entre 48 et 71. (…) Le communalisme du 19e siècle c’est d’abord la révolution sociale, avec aussi tout un débat sur l’État, appelé le gouvernement direct du peuple ». Dans le communalisme, se greffent ces deux idées de la commune comme communauté de production et de consommation.

Alain Lacombe précise que dans le communalisme, la cellule de base est la commune. Les assemblées citoyennes valent sur tous les aspects de la vie ensemble et le communalisme est un projet politique de transformation globale non restreint à l’espace administratif de la commune. Joseph Rabie relève que dimension territoriale, et fabrique territoriale sont irréductibles à d’autres. Comme le dit Makan c’est une compétence anthropologique fondamentale de l’humanité, aliénée par l’industrialisation dans le domaine écologique, du capitalisme et du libéralisme. Cette multiplicité des échelles, (indique Makan), les impactent entre elles.
Pour David Hamou, il importe de renforcer les institutions d’autogouvernement, d’expérimenter depuis les institutions publiques, par exemple, une gestion démocratique du service d’eau ou des sessions d’usage, comme pour les squats barcelonais où la mairie prend en charge les travaux, mais laisse une autonomie complète pour la programmation dans ces lieux.
Dans une vision du commun mondial, Makan cite les questions alimentaires, où les nations sont encore du local par rapport à soit d’autres échelles plus globales, soit à l’échelle globale/planétaire où il reste à fabriquer du commun.

Pierre Sauvêtre propose dans ce nouvel écosystème politique de constituer de nouvelles institutions dont l’assemblée communale populaire de démocratie directe pourrait être (…) l’institution politique de base ». Si le communalisme est social et politique, « en fait, ce qui va être davantage déterminant c’est d’abord de construire la commune comme communauté de production et de consommation. Ça correspond plutôt aujourd’hui à l’idée des communs ».

Joseph Rabie interroge ce qu’est le local. Avec toute la limitation des frontières municipales qui sont souvent extrêmement fracturées par rapport au territoire. Et Josiane Zarka : comment on fait reculer la dépossession du peuple. (Pour Daniel : plutôt comment les classes populaires sont dépossédées).

Pour Makan « Qu’est ce qui empêche dès maintenant que nos élus qui « souhaitent » nous représenter soient plutôt nos mandataires ? Une charte, volontaire, les engagerait à « ne pas dire : pendant six ans, le conseil municipal et les bureaux municipaux décident, etc. Et mettre en place des assemblées populaires ? » Le communalisme, des pratiques d’autogouvernement, d’autogestion, amèneraient à changer la nature même des pouvoirs : passer des pouvoirs ‘sur’, de domination et d’aliénation à des pouvoirs de faire qui sont des capacités d’empowerment, et d’émancipation de chacun/ne.

Joseph appelle à « réinventer un militantisme d’aujourd’hui dans les localités, les entreprises et les syndicats, (…) les services publics et l’environnement », ces démarches permettraient d’élargir, de politiser et peut-être de fédérer des luttes. De même, on peut faire localement en subissant moins d’emprise avec la satisfaction de faire nos propres aliments, dans nos potagers, nos propres artisanats, etc. ». Ce qu’appuie Josiane : » Il faut sortir du caractère parfois catégoriel et « activiste » des mouvements sociaux. Réinventer un « militantisme » qui crée des liens multiformes avec les citoyens notamment dans les localités, comme avaient commencé à le faire les Gilets Jaunes. Sur les questions « vitales » de services publics et de l’environnement, ces démarches permettraient, au niveau local, d’élargir, de politiser et faire converger (au sens de dénominateur commun) des luttes qui pour l’instant sont éparpillées comme les Soulèvements de la terre, les collectifs « nos services publics », les expérimentations sécu alimentation, logement, les associations de défense de la santé et la Sécu… »

Intérêt général et intérêts particuliers : quels liens ?

Makan part de ce qui est existentiel pour chacun et qu’il faudrait développer à toutes les échelles. Pour David, « autogérer amène à dépasser la question : d’un côté, la production et de l’autre la politique, notamment du fait de la perte de centralité de la sphère productive dans nos économies. » Le mouvement féministe questionne les tâches reproductives, donc pas seulement la fabrication des biens.

Alain Lacombe fait état d’un projet issu de comités de quartier ouvert avec groupes de travail, réunions sur place et évaluation après six mois. L’expérience a permis de bien faire le lien entre l’intérêt général et l’intérêt particulier. Prendre en compte les intérêts des uns et des autres permet d’avancer. Développer une société communaliste suppose de concevoir autrement les relations entre les gens, réfléchir aux questions d’’environnement, de respect de la nature, des autres espèces, mais aussi entre les humains, Un territoire, c’est celles et ceux qui résident, les salariés et les commerçants. « Et ils ont autant leur mot à dire ».

La démocratie dans l’entreprise, pour Olivier Frachon, ne peut se limiter à ce que les salariés/es décident de l’organisation du travail et de sur quoi ils travaillent. Ce qu’ils produisent intéresse aussi la société, dans son ensemble, fait débat sur ce qu’on produit y compris sur la façon de produire. Déterminé à différentes échelles par des assemblées populaires, l’intérêt général a des dimensions contradictoires et conflictuelles normales, précise Makan. Joseph définit « la biorégion comme une manière de voir comment on localise à travers ce qui particularise les lieux ». C’est une alternative à la « standardisation du monde. ».

Pour Pierre Sauvêtre, « cette idée de l’autonomie de la commune avait pour but de limiter très fortement, si ce n’est de liquider le pouvoir de l’État central. ». « Ce communalisme ravive l’autonomie politique des communes. A doubler avec une autonomie socio-économique en posant la question de la propriété communale du territoire. »

Construire du commun : l’importance du dissensus

Le dissensus est important pour construire du commun. L’intérêt général n’est pas que la somme des intérêts particuliers. La démocratie c’est l’accès à la responsabilité. Que tous/tes puissent comprendre les enjeux pour pouvoir décider ensemble et construire du commun. Makan relève que l’autogouvernement, c’est l’ouverture de débats citoyens. et des pratiques qui permettent de fabriquer du commun dans le consensus, comme dans le dissensus.

Alain insiste sur la mobilisation de l’ensemble des compétences, sur tous des aspects de la vie pour créer cet écosystème politique, transformateur de la société.

Pour David « le renouvellement de la démocratie n’est pas passé seulement par des procédures de type budget participatif » « Mais plus par une rénovation du conflit politique ».

Alain revient à son expérience de maire. « lorsque des conflits surgissent, dans des tours par exemple où des quartiers, il peut y avoir des situations chaudes, lorsqu’on rassemblait les gens, la communauté de la tour, il ne fallait pas venir avec des solutions fabriquées avant. Il fallait commencer par écouter le dissensus s’exprimer. » « Après de premiers moments chauds, les choses se mettent en place ». Et face à l’incontournable d’organiser leur vie ensemble, on arrive à des solutions neuf fois sur dix ». « Je me réfère à l’arbre à palabre cher aux africains : s’il y avait un conflit, ils se réunissaient sous l’arbre à palabres et discutaient jusqu’à ce qu’ils trouvent une solution. Et pas par victoire de l’un sur l’autre ». Makan souligne que cette diversité ne passe pas par le tamis des partis et institutions. Olivier précise l’importance de la péréquation qui amène des choix dépassant la vision locale pour « correspondre à la vision globale ». Que Joseph définit par «la manière que nous demeurons sur terre, en accueillant ou en excluant, en accaparant ou en partageant »

La démocratie comme accès à la responsabilité de toutes et tous
David a suivi à Barcelone « les squatters qui sont arrivés au pouvoir du jour au lendemain, donc je les ai suivis dans l’exercice du pouvoir »., » ils se sont rendu compte que c’était beaucoup plus difficile qu’ils le pensaient de transformer radicalement cette machine municipale ». A quoi Joseph rétorque que (l’institution communale) « est impropre aux changements radicaux. (…). Le principal terrain de lutte, c’est comment on fait reculer la délégation de pouvoir, celle qui est à l’origine de tous les problèmes. Et c’est au peuple lui-même de créer des espaces ». Pour Alain, « c’est bien l’assemblée citoyenne qui doit décider, (…) sur tous les aspects de la vie ensemble ».

Pierre Zarka a conscience qu’un tel « processus inscrit dans la durée », qu’« Il n’y a pas de processus sans but » et complète : « La démocratie, c’est « la capacité des ignorants à comprendre les enjeux » » donc c’est l’accès à la responsabilité. Et « il y a du déjà là en germe ». Dans la démocratie économique comme dans la démocratie politique complète David, qui pense qu’il faut creuser ces deux options ensemble, citant à l’appui la République espagnole de 1936 et ses structures fédéralistes de gestion.

Pierre ajoute qu’à « la vision locale » il faut ajouter un «esprit de responsabilité et du sens collectif », distinguant intervention en tant que citoyen et paroles de spécialistes pour définir les choix collectifs.

Sylvie Larue témoigne d’une « pratique d’assemblée générale et de façon de fonctionner, qui permet une certaine forme de démocratie directe. Et ça veut dire l’exigence aussi que ceux et celles qui participent se sentent complètement partie prenante des décisions qui sont prises ».

Pour Daniel, « Il y a une lutte de classe acharnée. Et en France et à l’échelle européenne et à l’échelle mondiale. Travailler la question du communalisme ou de l’écosystème qui transforme le système actuel mettra en face de nous des gens qui vont riposter de manière furieuse et violente. »
Pierre Sauvêtre précise que « construire des communs, c’est essayer de construire des activités dans lesquelles les classes populaires sont incluses pour satisfaire des besoins essentiels »

Sans temps démocratique, comment s’en sortir ?

Veiller à ce que « les uns et les autres nous puissions disposer d’un temps démocratique », alerte Makan ; A quoi Pierre ajoute « l’attention à une espèce de chronologie. Premièrement, le local. Deuxièmement, le départemental, troisièmement, la région. Et quand on arrive au quinzièmement, on arrive à l’état d’épuisement ». Olivier complète : «  Il y a des choses qui nécessitent le temps de l’appropriation, de la compréhension ».
On peut prôner « la reconnaissance d’un temps citoyen, qui est un temps politique, qui permet à chacun/e de s’investir dans des assemblées populaires et ne pas se restreindre à la dimension délégataire » (Makan). Pierre Sauvêtre, cette discussion est importante pour nourrir « l’idée des institutions qui doivent être mises en place absolument avec la participation des classes populaires pour éviter l’habituelle prépondérance des catégories supérieures.(«Les mouvements égalitaires se concrétisent en société égalitaire »).
Michèle Riot Sarcey, se souvient Daniel, disait que la démocratie demande du temps, et donc effectivement, il faut libérer du temps. Et faire reculer simultanément la dépossession des couches populaires, Voir ce qui se passe dans les assemblées générales.

Photo : Au Rojava des communes de démocratie directe ont été mises en place

Ce dossier est la synthèse par la rédaction de Cerises la Coopérative d’une table-ronde organisée en 2 temps, les 12 et 17 février. Il est complété par une dizaine de contributions (dont un entretien paru dans le Saint-Denis Blog).

Toutes les contributions et les débats dans leur intégralité sont sur le site.
Ce sera un jalon, avant d’autres, vers cette construction d’un

NOUVEL ÉCOSYSTÈME POLITIQUE

Cet article fait partie du dossier :

Horizons d'émancipation

COMMENT FAIRE COMMUNE ENSEMBLE ? 

Cette réflexion s’inscrit dans le projet de travailler ensemble à la construction d’alternatives réelles en rupture avec l’évolution et les choix du capitalisme mondialisé et ...
Partager sur :         
Retour en haut