Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Opposer la lutte des classes à la lutte des places

Débuté par la chute d’un gouvernement et en confrontation direct avec le suivant, le mouvement septembriste fait surgir à nouveau la vieille question du rapport des mouvements sociaux au politique mais aussi la question liée de l’auto-organisation comme garantie d’autonomie.

Le mouvement en cours porte une particularité : il a amené la chute du gouvernement par la seule annonce de son déclenchement. Et il met d’ores et déjà sous pression le suivant avant même qu’il ne soit nommé. À ces constats, s’ajoute la question du débat budgétaire qui a mis le feu aux poudres. Cette addition met la politique, au sens de la politique politicienne, de ses petits arrangements et ses luttes des places au centre du jeu. Pourtant, si la question du budget est éminemment politique, le vrai moteur de la colère est bien plus large. Il y a une aspiration à vivre mieux et une large conscience de l’inégalité croissante dans la répartition des richesses. Alors que la part des salarié·es payé·es au SMIC a atteint un pic historique de 17,3 % en 2023, les plus grandes fortunes ont elles triplé leur patrimoine sous Macron. À cette colère sociale s’ajoute le déni de démocratie dont le sentiment croit au fur et à mesure qu’Emmanuel Macron s’obstine à nommer des premiers ministres issus d’un bloc central battu à plate couture lors de toutes les dernières élections. Ce déni de démocratie fût déjà fortement ressenti en 2023 lorsque nous fut imposée une réforme des retraites jamais votée faute de majorité à l’Assemblée nationale et largement rejetée dans la population qui s’est mobilisée de manière historique.

Éviter le piège du tête à tête avec le gouvernement

Ce qui se joue aujourd’hui c’est donc la capacité du mouvement social à sortir d’un affrontement entre l’intersyndicale et le gouvernement autour de mesures du PLF et du PLFSS. Si celles-ci revêtent bien sûr de vrais enjeux politiques avec des conséquences concrètes sur la vie de l’immense majorité des habitant·es, il nous faut dépasser ce cadre restreint pour l’élargir à la question du projet de société. Cela implique de ne pas laisser de côté le patronat. Si celui-ci se mobilise, ce n’est pas un hasard. Les patrons ont une conscience de classe et savent s’organiser pour défendre leurs intérêts. Mais la question n’est pas uniquement de les taxer plus et mieux. Si cela ne sert qu’à réduire le déficit et rembourser un peu plus de dette, ce serait plus juste que de faire reposer les efforts sur les plus précaires mais ne constituerait pas une amélioration de la vie des gens.

Il nous faut plus d’Assemblées générales

Pour développer des revendications politiques autonomes mais surtout garantir l’auto-organisation du mouvement et sa capacité à engager les indispensables grèves reconductibles, il faut des assemblées générales. Le mouvement Bloquons tout a engagé la constitution de comités de base dans les localités. Ils sont utiles et à faire perdurer. Mais ils ne doivent pas dispenser d’organiser des assemblées générales professionnelles dans lesquelles les grévistes peuvent discuter tant des revendications que des moyens d’action.

Dans cette période inédite, nous sommes en position de force et pouvons obtenir des victoires. Mais les écueils restent nombreux, à commencer par la crainte d’une partie du mouvement social de se mêler de trop près de politique. Au contraire, faisons de la politique. Mais faisons là par en bas : pas seulement sous le contrôle des travailleurs et travailleuses mais avec les travailleuses et travailleurs.

Aurélien Boudon
Secrétaire national de l’Union syndicale Solidaires

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