A l’heure où les patrons s’affolent et menacent de faire sécession s’ils doivent payer plus d’impôts, ou plus de cotisations, il n’est pas inutile de leur rappeler que si leurs boites peuvent fonctionner c’est parce que des salarié·e·s ont été formé·e·s, qu’ielles peuvent être soigné·e·s s’ielles sont malades, que des salarié·e·s peuvent être transporté·e·s quand leur lieu de travail est loin de leur lieu d’habitation, que la recherche fondamentale existe pour développer les recherches appliquées… Pas de services publics développés, pas d’entreprises viables.
Or depuis plusieurs années, le service public d’éducation (comme le service public de santé) est au bord de l’asphyxie.
Il y a une sorte de rituel ou de rythme habituel des mobilisations dans les établissements scolaires malgré des tentatives de plusieurs fédérations syndicales de mobiliser au moment du vote du budget ces dernières années. C’est quand arrivent les dotations pour la rentrée suivante au cours du 1er trimestre de l’année que les personnels prennent la mesure des dégâts : classes surchargées, heures supplémentaires à gogo dans les collèges ou les lycées, fermeture de classes dans les écoles.
Les mobilisations locales se développent, on argumente pour essayer de grappiller dans les moyens mis de coté par les DSDEN, à la marge. Sauf que de marges, il y en a de moins en moins.
Et de trouver insupportable l’idée de faire encore 44 milliards d’économie sur le dos des services publics et des plus précaires. Avec le mouvement qui se développe, ses temps forts du 10 et du 18 septembre, du 2 octobre, et ses suites, ce qui se joue, c’est le fait de considérer ou pas qu’il n’y a plus de marge et que c’est donc l’édifice dans son ensemble qu’il faut remettre en cause.
Et voici que fusent les idées pour augmenter les recettes du budget. Taxer les riches devient le slogan le plus populaire de la rentrée. Imposer la taxe Zucman (90 % d’opinion favorable selon un récent sondage). Mobiliser une partie des 270 milliards de subventions aux entreprises (en particulier celles qui versent des dividendes à leurs actionnaires) pour le service public d’éducation. Pour rappel le budget de l’Éducation Nationale est de 87 milliards d’euros en 2025. L’augmenter de 10 % c’est prendre 8,7 Milliards sur les 270 milliards… Et 10 % de dotation en plus dans mon collège, c’est l’équivalent de l’ouverture de 3 classes.
C’est le moment d’inverser le processus. D’un pot commun insuffisant pour répondre aux besoins, et où chacun tente de tirer la couverture à soi, il s’agit de partir des besoins pour définir l’enveloppe nécessaire. Dans chaque école, chaque collège, chaque lycée, établissons la liste : nombre de classes, nombre d’heures, nombre de postes nécessaires, faisons remonter à l’échelle des départements, des régions et à l’échelle nationale, établissons les besoins.
Tous les ans, mon syndicat essaie de faire cette évaluation en organisant une sorte de maillage du territoire avec les militant·es pour avoir une idée des besoins par établissement. Mais ce processus devrait être pris en charge par l’ensemble des personnels, devrait être rendu visible dans chaque établissement, avant de regrouper et d’établir les besoins à une échelle plus grande.
En AG Bloquons tout 35, un intervenant fait valider le principe de démocratie directe comme revendication à porter dans les tracts du mouvement.
Sophie Binet le 18 septembre : « C’est la rue qui doit écrire le budget ».
Chiche. Au boulot.
Sylvie Larue
Gratuité
Quand on parle de gratuité les gardiens du libéralisme réagissent : qui paie ?
C’est que dans ce monde mercantilisé, c’est toujours l’argent qui devrait décider.
Inversons l’équation en posant plutôt la question : quel est le besoin et ensuite comment le satisfaire ?
C’est ce qu’on fait les créateurs de la sécurité sociale pour la santé, les retraites, la famille etc. Les besoins définis, ils ont mis en place une logique de financement cohérente en créant des cotisations prélevées sur la valeur ajoutée par le travail des assurés et gérées par leurs représentants.
On peut s’inspirer de cette démarche par exemple pour instaurer la gratuité des transports du quotidien.
Pour produire les biens et services nécessaires pour faire société, les travailleurs doivent pouvoir aller à leur travail. C’est incontournable et, ce faisant, ce ne sont pas les travailleurs qui sont les bénéficiaires des transports mais bien tout le processus de production.
Il est donc logique que leurs coûts de transport soient intégrés dans les coûts de production des biens et services qu’ils produisent et donc financés par la valeur ajouté par leur travail dans l’entreprise.
Une cotisation transport pourrait être créée dont le produit serait géré, à différents niveaux, par les représentants des salariés et des usagers en partenariat avec les collectivités locales et éventuellement d’autres partenaires.
Des partenariats à étudier car les transports ne servent pas seulement à aller travailler, ils contribuent à la construction de l’être social, ils participent de l’aménagement du territoire dont ils dépendent également (distance logements/travail, écologie…) etc.
Et ce principe de gratuité peut se concevoir dans bien d’autres domaines, des initiatives comme la sécurité sociale alimentaire se développent déjà…
La gratuité donne du pouvoir d’achat aux usagers, facilite la vie. Mais, au-delà, sa mise en œuvre peut ouvrir la voie à une approche radicalement différente de la politique par la création, à différents niveaux de territorialité, d’espaces de gestion autogestionnaire et partenariale contribuant à l’émergence d’un écosystème politique émancipateur du pouvoir des actionnaires et de l’État centralisateur.
Alain Lacombe



A lire également
Quid de l’organisation révolutionnaire ?
Le conflit pour faire démocratie
Rennes, une citoyenne à la mairie