En avance de quelques jours sur le dossier de septembre de Cerises (Internationalisme VS Campisme), un article de Patrick Vassallo
Le mouvement ouvrier, dès sa création, a intégré activement la solidarité internationale au cœur de ses actions. D’une part, génétiquement, parce qu’il est né non dans un seul pays mais à l’échelle d’un continent. D’autre part parce que la question coloniale, et l’importance des « immigrés » dans la classe ouvrière l’a naturellement imprégné de la question.
Pour autant, l’internationalisme ainsi mis en œuvre a-t-il suffi ? Il fut utile ; les combattants vietnamiens ou algériens peuvent en témoigner. Le dernier grand mouvement de solidarité avec les mineurs anglais a montré la prégnance de cette dimension de luttes ; mais faute d’ouvrir un autre possible (quel nouveau droit au travail européen), il n’a pu gagner. L’internationalisme du mouvement ouvrier s’est heurté à plusieurs écueils.
- Les limites nationales dans lesquelles se sont enfermé les partis (le pouvoir institutionnel y paraissait plus accessible), et les syndicats, ont confortés les centralismes stalinien, américain ou régionaux et la concurrence entre pays et leurs classes ouvrières.
- Ces mêmes limites ont laissé le champ libre à une mondialisation qu’aucune alternative auto-organisée ne pouvait contrer.
- Si le syndicalisme a maintenu, bon gré mal gré, une certaine action internationale, les organisations politiques ont, notamment après 1945 et profitant des « 30 Glorieuses » choisi le développement national avec toutes les conséquences qu’on a pu subir.
- Le mouvement communiste, pourtant le mieux placé à l’origine pour porter une démarche internationaliste et de rupture, a failli totalement dans les années 60, laissant au catholicisme de gauche la lutte anti coloniale, et perdant ses repères originels. La scission du mouvement communiste aurait dû provoquer une relance idéologique et pratique s’appuyant sur le tiers-mondisme, le panafricanisme, la théologie de la libération et la dynamique d’une construction politique partagée (en rhizome) mettant à bas les deux super Grands, les impérialismes yankees et russes.
- Plus récemment, l’émergence des NTIC, de la numérisation, et d’Internet aurait pu constituer le socle d’une nouvelle coopération mondiale, égalitaire, dégagée des dominations. Enfoncées idéologiquement, les gauches ont été incapables de bâtir un nouvel imaginaire individuel et collectif. D’un côté, voyager à travers le monde, pour quelques mois ou plus, fait partie du parcours de vie des jeunes occidentaux ; de l’autre pas de propositions progressistes, de perspective altermondialiste.
La montée du fascisme et des pouvoirs autoritaires assis sur des racismes d’État avérés multiplie arrestation aux frontières, de plus en plus fermées, et offensive généralisée contre les « migrant·e·s ». L’idée, simple, d’une suppression des frontières , comme principe, autrement dit la libre circulation des personnes et des biens est reçue comme une basse utopie vide de sens. N’est-ce pas pourtant à partir de ce principe posé comme fondamental qu’on pourrait reconstruire un arc altermondialiste d’échanges et de coopération ? Le grand affaiblissement des États-nation, dont le capitalisme mondialisé n’a plus besoin, même pour la monnaie, ouvre une possibilité. Encore faut-il la saisir !
Une telle dynamique suppose sans doute d’élaborer un nouvel imaginaire du monde-village, des échanges basés sur la coopération et la réciprocité, l’auto-organisation des producteurs et des circuits de distribution, l’établissement d’un droit international à la circulation humaine. Peut-on imaginer dès lors que des institutions internationales émergent sur des bases altermondialistes et en rupture avec les dominations : capitaliste, occidentale, masculiniste, religieuse, etc. ?
C’est cette chance qui semble aujourd’hui pouvoir être saisie par les peuples. Les barbaries, sinon, sauront hurler devant nos geôles et nos barreaux…


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