Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Passer les frontières ou les faire tomber ?

Débuter l’année 2023 et nous questionner sur la convergence de nos combats, nous oblige à ne pas passer sous silence l’année 2022 qui a été une année électorale atypique et banale, classique et historique.

Sans émettre ici d’analyse sur le fond de la démarche insoumise, il semble important de nous souvenir que la mise en place de “l’Union Populaire” (puis dans une moindre mesure de la NUPES) a attiré une implication nouvelle et en grand nombre de militant-e-s issues des différents combats du moment : écologistes, antiracistes, féministes, syndicaux… Ce “passage” à “la” politique fut également très lisible, comme rarement depuis de nombreuses années, chez les intellectuel-le-s. 

L’argumentation souvent déployée, pour justifier cet acte (“passer de l’autre côté”), s’appuie sur l’urgence à faire sauter le “verrou” politique pour obtenir des victoires. Les activistes et intellectuels se retrouvent propulsé-e-s dans la vie politique, ici électorale, du jour au lendemain.  Lors des prises de paroles de ces “transfuges” d’un genre nouveau, il est souvent revigorant de découvrir des discours atypiques, loin des tics verbaux de la “classe” politique. Les mots viennent du terrain et les arguments affutés se croisent parfois avec une absence de vision à long terme et même une tendance à un pessimisme assumé. La question de la visée ne pouvant se superposer à un “programme”, les dissonances entre les parcours et les cultures politiques de militant-e-s pourrait créer une “friction” stimulante si elle trouvait le lieu pour co-construire à partir de cette diversité…

Dépasser la frontière entre nos vies
engagées et la vie électorale

C’est bien ici que les choses se corsent. Au-delà des crises actuelles (affaire Quatennens, démocratie interne…) l’une des révolutions que n’a pas abouti la France Insoumise reste celle à inventer pour dépasser la frontière entre nos vies engagées et la vie électorale. Puisque la vie politique reste ici enfermée dans les rythmes électoraux, les élu-e-s même insoumis sont vécus comme dépositaires d’un pouvoir “délégué” assez classique. Les déclarations lyriques n’y changent rien, la “politique” est toujours séparée des luttes et des alternatives. Les mouvements politiques ne sont pas seulement parallèles aux autres mouvements mais “au-dessus”, avec un rôle de “synthèse” et parfois de “direction”. C’est ici que l’on “pense” le monde à construire. Alors évidemment, on consulte, on auditionne, on concerte et on pioche dans les propositions issues du “terrain” mais le rapprochement ne peut être qu’un ralliement individuel. L’autonomie des mouvements a bon dos et l’affirmation “chacun son travail” est une rengaine connue (“Chacun son travail et les vaches seront bien gardées” aurait dit ma grand-mère.). Le partage des candidatures aux législatives a d’ailleurs été un moment souvent complexe. Le parachutage d’activistes reconnus et l’absence de visibilité pour de nombreux-ses militant-e-s issu-e-s des quartiers populaires fut une pilule dure à faire avaler sur le terrain. On peut pourtant constater un groupe parlementaire rajeuni et féminisé qui ressemble un peu plus au pays.

Choisir entre la vie (la nôtre
et celle de nombreuses espèces) et le capital

Le tragique de nos vies, soumises aux coups de boutoir du capital contre nos revenus et aux désastres écologiques et climatiques, s’il ne nous enferme pas dans le désespoir, nous appelle chaque jour à l’action et à chercher les espaces utiles à court terme. Le désir d’unité et d’efficacité est puissant chez les militant-e-s. Cette conscience aiguë qu’il va falloir choisir entre la vie (la nôtre et celle de nombreuses espèces) et le capital poussent des parcours de vie vers différents types d’action : désobéissance civile, constructions d’alternatives, engagements professionnels ou locaux, mais aussi engagements politiques. La cohérence de ces biographies en mouvement ne sauraient faire l’objet d’une quelconque hiérarchisation. Les Zadistes de NDDL sont-ils moins acteurs et actrices de la vie politique de notre pays qu’un candidat aux législatives? Sont-il et elles moins légitimes pour bâtir un projet politique commun? 

Souhaitons donc que ces nouveaux et nouvelles venu-e-s sachent faire tomber les murs entres leurs engagements et bâtir des ponts entre des modes d’actions complémentaires et enfin passer ensemble de l’anticapitalisme à l’après-capitalisme !

Laurent Eyraud-Chaume

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