Horizons d'émancipation

Un objectif que l’on essaye de mettre en pratique au quotidien

Pour moi le communisme c’est d’abord un espoir, celui d’une société où l’on serait enfin à égalité, où l’on contribuerait chacune et chacun à la hauteur de ce que l’on peut faire, où on aurait du temps pour les relations sociales, pour les activités créatives, sportives… sans qu’il faille tout le temps avoir peur du lendemain. Ce ne serait pas une société sans problème ou idyllique, mais une société où nos problèmes seraient en fait des problèmes collectifs, avec des réponses à trouver collectivement, plutôt que des problèmes individuels qui nous isolent et nous écrasent.

Mais le communisme c’est aussi un objectif que l’on essaye de mettre en pratique au quotidien. Dans le syndicat par exemple, le fait de pouvoir toutes et tous donner notre avis c’est très important. Je suis dans un syndicat ouvrier, mes collègues ont l’habitude d’être des exécutants à qui on ne demande jamais leur avis. Ni pour l’organisation du boulot, ni pour la vie dans le quartier où ils habitent. On leur demande juste de voter une fois de temps en temps, et pour des gens qu’ils ne connaissent pas ! Alors au syndicat, c’est le seul endroit où on peut donner toutes et tous notre avis et décider ensemble. Ce n’est pas toujours facile, parce qu’on expérimente ce que c’est l’action collective alors que cette société nous individualise. Parfois on a l’impression que nos intérêts individuels et nos intérêts collectifs sont contradictoires. Pour les primes au « mérite » par exemple. Mais c’est en échangeant ensemble que l’on se rend compte que ce sont des outils de la direction pour nous diviser et donc nous affaiblir.

Le syndicat, c’est aussi le lieu où l’on apprend. On se forme sur l’histoire et l’économie pour comprendre comment cette société fonctionne, mais on essaye aussi de comprendre les textes de loi etc. Tout ça nous pousse vers le haut, nous permet de sortir de la case dans laquelle les ouvriers sont assignés.

Les moments de lutte sont particulièrement charnière. Ce sont des moments d’ébullition, où tout le monde discute beaucoup. De ce pour quoi on lutte bien sûr, les salaires, les retraites, ou tout simplement pour avoir des outils décents pour travailler. Mais on discute aussi de tout, de comment la société tourne et de ce qu’on voudrait y changer. Quand on fait grève ensemble, ça nous laisse du temps pour tout ça, pour vivre d’une autre manière. Ça créé des liens de camaraderies très forts entre nous, parce qu’on sacrifie tous et toutes une partie de notre salaire pour quelque chose qui nous dépasse, alors qu’on pourrait baisser la tête et continuer à bosser comme si de rien n’était. On se rend compte que notre situation dépend en fait de celle des autres, qu’on est dans le même bateau. Qu’on est une classe sociale : diverse, mais qui aurait intérêt à prendre ses affaires en main. On prend conscience de notre place dans la société, de l’importance de notre travail. Mais aussi de notre force quand on va toutes et tous dans la même direction.

Sortir de la case dans laquelle les ouvriers sont assignés

On expérimente ce que ça pourrait être, à une autre échelle, de prendre des décisions importantes ensemble. D’avoir les moyens de les prendre, c’est-à-dire d’être correctement informés, d’avoir des espaces d’échanges. On sent bien que ce sont des moments où l’on entrevoit qu’une société totalement différente serait possible, c’est pour ça que ce sont des moments si forts. Mais on sent aussi que pour ça, il faudrait qu’on s’y mette toutes et tous.

Pour l’avenir, je crois qu’on n’a pas trop le choix. Le désastre climatique va forcément encore accentuer les inégalités. Alors on retourne au syndicat, et on continue à essayer de mettre notre pierre à l’édifice pour favoriser ce changement drastique de société, pour atteindre le communisme.

Adèle Tellez, syndicaliste.

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