Notes d'actualité

Cour suprême : l’ombre de l’extrême droite.

Le récent « fuitage » d’une prochaine décision de la Cour suprême des États-Unis d’annuler l’arrêt Roe v. Wade de 1973, qui garantit le droit des Américaines à interrompre leur grossesse est le produit d’une pénétration de plus en plus importante des idées d’extrême droite dans l’establishment dominant et plus particulièrement dans le Parti républicain. Cette nouvelle « révolution »  conservatrice en cours, et dont l’élection de Donald Trump et sa prégnance maintenue sur le parti de droite en ont constitué l’acmé, se déroule « à la base » dans différents états pour former au final un ensemble réactionnaire cohérent alternatif à l’ « américain way of life » qui faisait consensus jusqu’à aujourd’hui. En témoigne la campagne menée par de nombreux élus et membres de conseils scolaires locaux républicains qui s’en prennent aux livres dans les bibliothèques scolaires qui traitent de sujets tels que l’identité queer, le racisme et l’éducation sexuelle ou même la Shoah. Glenn Youngkin, gouverneur de Virginie a récemment diffusé une vidéo dans laquelle une femme blanche appelait les écoles publiques de Virginie à interdire les discussions en classe sur le roman Beloved de Toni Morrison. Le gouverneur de Caroline du Sud, Henry McMaster, quant à lui, a demandé à ses services de l’éducation d’enquêter sur un roman graphique sur l’identité queer disponible dans la bibliothèque d’une école. Autre exemple, un conseil scolaire du Tennessee a voté à l’unanimité en janvier 2022 l’interdiction de la bande dessinée Maus d’Art Spiegelman, roman graphique sur la Shoah, considérant son «langage répréhensible». Enfin citons, la Pennsylvanie dont le conseil scolaire de Central York a interdit une longue liste de livres, presque entièrement des titres écrits par ou sur des personnes de couleur. L’État du Texas a interdit désormais aux habitantes d’avorter après six semaines de grossesse, même en cas d’inceste ou de viol, c’est cette initiative qui a inspiré la Cours suprême. Le gouverneur républicain de cet État, Greg Abbott, est un ultra conservateur. En janvier dernier, The Daily Beast, site d’information américainplutôt modéré, titrait inquiet, « Greg Abbott pousse les républicains vers l’extrême droite ». Un constat qui se répète dans de nombreux États. Même « la théorie du grand remplacement » trouve un large écho. Elise Stefanik, Républicaine, actuelle numéro 3 de la Chambre des représentants, déclarait récemment « Leur plan [aux Démocrates] est d’accorder l’amnistie à 11 MILLIONS d’immigrants illégaux ce qui renversera notre électorat actuel et créera une majorité de gauche permanente à Washington ». Une partie (majoritaire ?) du Parti républicain, précédemment acquis au respect des règles de fonctionnement de la « démocratie américaine », est désormais disponible pour rompre le pacte qui le lie depuis plus d’un siècle avec le parti démocrate quant au fonctionnement partagé du système dominant. L’assaut du Capitole du 6 janvier 2021 n’était peut-être qu’une répétition générale.

Patrick Le Tréhondat

One Reply to “Cour suprême : l’ombre de l’extrême droite.

  1. Faut-il s’étonner qu’une « Cour de justice » composée de « magistrats » choisis selon leur appartenance politique puisse prendre des décisions qui n’en résultent pas ? Comme le « Conseil Constitutionnel  » créé par la Constitution de 1958 dont les membres sont « désignés » par des ex-ministres ou Président de la République donc sur des appartenances politiques non de compétence juridique de Dt Public et du Dt Constitutionnel. Pour mémoire, le pouvoir « constituant » appartient au peuple depuis la Salle du Jeu de Paume (1790).

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