Horizons d'émancipation

Se réapproprier les services publics en en faisant des communs

Le tournant libéral des années 1980 a ouvert une période d’« enclosure » sous l’égide de l’oligarchie financière. Elle se manifeste par l’adaptation de l’appareil d’État à la mondialisation libérale et la transformation du Parlement en chambre d’enregistrement, par la privatisation et la marchandisation des services publics et par la privatisation de la nature et du vivant.

L’État, entre les mains de l’oligarchie financière, est un acteur de cette évolution. Les réformes de la fonction publique soumettent les salarié.es à la gestion managériale du privé, tandis que l’accès aux services publics des usagers, devenus « client.es », se dégrade. Les salarié.es ne comprennent plus le sens d’un travail exercé dans des conditions parfois impossibles, et sont exposé.es à la vindicte d’un public mécontent.

Nous résistons, mais nous ne reviendrons jamais à l’époque des « jours heureux ». La période a changé, et la mutation écologique profonde qu’affrontent nos sociétés bouleverse nos valeurs et appellent à l’élargissement des missions des services publics.

La propriété de l’État n’est plus garante de l’intérêt général. Se pose alors la question de donner un autre statut aux biens considérés comme communs, c’est-à-dire en faire des « communs ». Ce statut est particulièrement intéressant pour les services publics, il apporte des avancées démocratiques, en donnant aux citoyen.nes un rôle majeur. Il intègre aussi un objectif de sauvegarde à long terme des écosystèmes, faisant du service public un acteur de la transformation écologique.

La propriété de l’État n’est plus garante de l’intérêt général.

La Convention citoyenne pour le climat, décidée « d’en haut » était dans la forme une avancée importante, si elle avait été menée jusqu’au bout comme annoncé au départ. Mais la fin a montré que l’État n’était pas prêt à abandonner ses prérogatives, il faudra l’obtenir de haute lutte.

Les agents des services publics pourraient trouver des alliés dans les mouvements qui portent aujourd’hui un combat pour la démocratie et pour l’écologie comme les mouvements de défense des territoires (contre les Grands projets inutiles et l’appropriation de l’eau par la construction de bassines, Notre-dame-des-Landes, les mouvements communalistes, les « soulèvements de la terre »…), ou  les Gilets jaunes (Referendum d’initiative citoyenne, démocratie directe).

La démarche des communs ouvre la voie à de nombreuses initiatives locales, de faible dimension et qui peuvent s’organiser à cette échelle, sous des formes associatives et autogérées, répondant à des besoins locaux, et parfois bénéficiant d’un soutien communal. Ces formes d’auto-organisation locales pourraient s’appuyer sur les services publics.

La transformation des services publics pourrait s’effectuer à partir d’une démarche du type de la Convention citoyenne qui, à partir de sources différentes – usager.es, habitant.es, syndicats,  associations, élu.es, administrations, expert.es du secteur…- adopterait un ensemble de réformes et ferait un suivi régulier de leur mise en œuvre.

Elle définirait notamment les points communs des règles applicables aux services publics (égalité d’accès à la ressource, extension de la gratuité, droits et obligations des bénéficiaires, respect des écosystèmes,  gouvernance)  selon le niveau territorial de compétence.

A tous les niveaux de décision, les usager.es, les salarié.es, et les habitant.es du territoire seront majoritaires et auront le dernier mot.

Jean Lafont

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