Horizons d'émancipation

Fuite devant le travail ou retard de la politique et du syndicalisme ?

(cet article fait partie d’un dossier que vous retrouverez ICI)

Les témoignages de ce dossier disent la profondeur de la mise en question du travail. Déjà il y a quelques temps le phénomène « Uber » que le capitalisme a su récupérer- disait le refus d’avoir continuellement un chef et trop de contraintes sur le dos, thème récurrent dans les paroles rapportées ici. On voit que le départ massif de postes de travail correspond souvent à un rejet d’une absence de sens du travail voire d’une réalité jugée incompatible avec soi. Combien de personnes ont suivi une formation avec enthousiasme afin de s’accomplir dans un rôle social utile pour déchanter très vite ensuite ainsi que Cécile le dit ?

Mais pour le moment les dimensions sociales et politiques de ce phénomène sont ignorées aussi bien de la part des intéressé/es que de celle des syndicats ou de ce que l’on appelle la Gauche. Il reste vécu à l’échelle individuelle alors que la quête de donner un sens à sa vie est suffisamment souligné pour que cela traduise un problème social. Certain/es disent qu’il n’y a pas que le travail dans la vie, c’est exactement ce qui dit Marx lorsqu’il démontre que le travail cristallise toutes les pratiques sociales de l’individu et que c’est ce condensé qui en fait sa valeur. Encore faut-il avoir le temps et les moyens d’avoir d’autres pratiques que le travail.

Politique et syndicalisme sont pris en défaut. L’enfermement des partis dans les sondages d’opinion, dans ce qui est déjà explicité, dans les logiques institutionnelles et les courses au pouvoir les fait passer loin de ce qui bouge dans la vie et qui ne parvient pas à être intellectualisé, alors que c’est précisément à cela que la politique devrait servir. Que ces mouvements de rejet touchent non seulement des jeunes mais des salarié/es expérimentés, qu’ils apparaissent dans une si grande part des pays industrialisés (plus de 4 millions d’américains ont démissionné rien que pour le mois de septembre 2021) dit qu’il s’agit d’un fait du temps présent.

Plus la part de la culture, plus la part de la personnalité totale de l’individu/e participent à la réalisation du travail – nous l’avons noté à plusieurs reprises dans Cerises- et plus en retour cela entraîne, un besoin qu’il socialise par une réalisation de soi et même par du plaisir. Thème également récurrent dans les témoignages. Que vaut devant ces femmes et ces hommes la proposition de passer de 35 heures à 32 ? Qui va entrer en transe pour souffrir trois heures de moins durant toute sa vie ? Comment continuer à ignorer que le sens et le déroulement du travail doit être source d’une socialisation qui corresponde à l’idée que l’on se fait du monde et de la place que l’on veut y prendre ? On ne peut prétendre y répondre que par des mesures qui affrontent les rapports d’exploitation et le fait que l’individu soit considéré comme l’appendice d’un système dont il n’a pas la maîtrise. On n’y répond pas davantage sans donner au travail le sens civilisationnel qui doit être le sien, donc en changeant les méthodes, le déroulement voire le but. Il ne s’agit pas de généralité mais d’actions à mener.

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