Délicieux

La Société des Belles Personnes

L’itinéraire de Zohar Zohar est la toile de fond de ce roman exigeant de Tobie Nathan. C’est l’après-guerre, Zohar Zohar est né dans le quartier juif misérable du Caire. Devenu rutilant cabaretier courtisé par le gratin cairote le voici fuyard en Europe d’après-guerre. Il ne voyage pas seul, il est accompagné du fantôme de son tortionnaire nazi.

L’histoire individuelle de Zohar Zohar est l’outil de Tobie Nathan pour dresser le portrait historique religieux politique social de l’Égypte d’après-guerre. Celles du roi Farouk réformateur espéré, happé par le luxe, haï des égyptiens. L’Égypte est déjà malade de la poussée fondamentaliste, contaminée de la présence de fuyards nazis, malade des pogroms anti-juifs et théâtre-terreau de l’insurrection nassérienne. Fresque historique autant que roman puissant, La « Société des Belles Personnes » dresse le portrait de l’Europe d’après-guerre, gratte le refoulé de la mémoire française et confie à son héros d’endosser la volonté de vengeance quant aux bourreaux nazis.

Ce portrait d’une Égypte enchâssée dans l’histoire du monde est utile à notre lecture contemporaine des mondes arabes dans le monde tout entier. Et puis, lumineuse poésie, ces légendes et proverbes que Tobie Nathan confie au lecteur tout au long du roman.

Catherine Destom Bottin

La Société des Belles Personnes, Tobie Nathan, Éditions Stock, Août 2020, 432 pages, 22 euros

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