Esprit de suite

L’emploi : du droit citoyen au commun d’un territoire

par Daniel Le Guillou

En dépit de la (timide) reprise économique constatée depuis 2016, le chômage de longue durée ne diminue pas et se transforme en un chômage d’exclusion du fait, notamment, de la précarisation de l’emploi, des fractures territoriales croissantes et de la bipolarisation du marché de l’emploi.

Depuis le début des années 90, les mesures en faveur de l’emploi se sont multipliées et leur montant a presque triplé. Et pourtant, les résultats s’avèrent, au minimum, décevants.

Face à ce double constat, le projet « Territoires zéro chômeur de longue durée » (TZCLD[1]) prétend que tout n’a pas été essayé. Grâce à l’expérimentation en cours dans 10 territoires depuis janvier 2017[2], il s’agit de montrer qu’en partant de la mobilisation d’un territoire, il est possible de proposer, conformément au droit à l’emploi figurant dans le préambule de la Constitution, un emploi digne (rémunéré au minimum au SMIC) et durable (CDI), à toutes les personnes privées durablement d’emploi qui le souhaitent, et cela à coût nul pour les finances publiques.

A contre-courant de la pensée dominante, qui prône la flexibilité des personnes privées d’emploi, TZCLD opère plusieurs renversements. A la concurrence des candidats à un emploi, le plus souvent précaire, il substitue la non-sélection en proposant un emploi, de qualité et à temps choisi, à tous les chômeurs de longue durée volontaires. Il renverse également la « charge de la preuve » en termes d’employabilité : les emplois créés le sont en fonction des souhaits et des savoir-faire des salariés, et des besoins du territoire. D’autre part, en réinstallant le CDI comme la norme sociale et le travail salarié comme une source de solidarité, au travers de la cotisation sociale, TZCLD conforte le modèle social national[3]. Enfin, a contrario des dispositifs habituels pour l’emploi, TZCLD part de la volonté du territoire et, grâce au comité local pour l’emploi qui réunit tous les acteurs socio-économiques du territoire, met en place un nouveau mode de régulation territorial : l’emploi devient un commun d’un territoire qui s’affirme de plus en plus comme l’espace cohérent de résolution possible des défis écologique et social.

A ce stade de l’expérimentation, 800 salariés ont été embauchés dans 11 entreprises à but d’emploi. Les activités, n’entrant pas en concurrence avec des activités existantes, ont été principalement développées autour de trois axes : l’économie circulaire (recyclage, valorisation des déchets,…), l’économie solidaire (garage, mobilité,…pour les habitants à faible ressources), l’entretien des espaces verts.

Constatant les premiers résultats positifs pour les ex-demandeurs d’emploi et pour les territoires, une centaine de territoires sont désormais candidats pour une deuxième étape de l’expérimentation qui devrait débuter en 2020.

 

 

 

 

 

[1]          https://www.tzcld.fr/

[2]          Les premiers enseignements de l’expérimentation : « Zéro chômeur, dix territoires relèvent le défi » : Goubert Didier, Hédon Claire, Le Guillou Daniel, Editions de l’Atelier, à paraître (avril 2019)

[3]          « L’expérimentation Territoires zéro chômeur  de longue durée : une opportunité pour renforcer l’Etat social ? », Le Guillou Daniel, Semenowicz Philippe, communication pour le colloque : « Quel modèle social pour le XXIème siècle ? », juin 2017

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