Le 3 janvier, l’impérialisme étatsunien intervenait pour enlever Maduro et Flores au Vénézuéla. C’est « l’évènement » qui a mis ce pays au centre de discussions, d’informations… durant quelques jours. Mais le peuple vénézuélien, les travailleurs et les travailleuses du Vénézuéla existaient avant le 3 janvier et existent toujours depuis le 3 janvier. A travers le Réseau syndical international de solidarité et de luttes, nous étions déjà en contact avec les syndicalistes du Comité de conflit des travailleurs‧ses en lutte (CNCTL), organisation rassemblant de nombreuses organisations syndicales du pays, celles indépendantes du pouvoir.
Une délégation du Réseau est actuellement en Amérique du Sud (Vénézuéla et Colombie). Des informations ont déjà été diffusées sur le site du Réseau, en attendant des comptes-rendus plus complets au retour des camarades.
Mais se rendre sur place, c’est avoir la possibilité de recueillir la parole des travailleuses et des travailleurs directement concerné‧es. A travers la presse transpirent quelques informations limitées aux interventions de celle qui était la vice-présidente de Maduro, adoubée par Trump, Delcy Rodríguez Gómez, et de l’opposition « officielle », de droite, voire d’extrême droite. Les contacts directs entre syndicalistes permettent de recueillir et surtout faire connaitre d’autres voix. Ainsi celle qui suit, d’un des militants du Comité national de conflit des travailleur‧se·s en lutte :
La “négociation” évoque un délai de deux mois pour rétablir les droits politiques, qui auraient dû l’être dès la semaine suivant le 3 janvier (ce qui ne signifie pas pour autant que je soutienne l’intervention américaine). Cela ressemble à une nouvelle moquerie à l’égard du peuple. Cette table de négociation n’a aucun fondement constitutionnel. Tout comme Maduro avait bafoué la Constitution depuis 2016, Trump impose désormais un mécanisme qui n’a absolument rien à voir avec la démocratie et la souveraineté populaire.
Une élite de 10 personnes va désigner le Tribunal Supremo de Justicia (TSJ) et le Consejo Nacional Electoral (CNE). On ignore selon quelle formule ces désignations auront lieu. Les prisonniers politiques seront libérés en décembre !!! C’est une véritable honte, ces gens-là, Dinorah Figuera [représentante de « l’opposition » choisie par le pouvoir vénézuélien et Trump) et sa bande, nous ont pris pour des idiots. La représentation de la soi-disant « opposition » est une imposture. Ils ne représentent pas le moins du monde les 70 % qui ont voté pour Edmundo González le 28 juin, ni le peuple qui est descendu dans la rue ces deux dernières années pour lutter en faveur du rétablissement de la démocratie. De plus, toute négociation dans laquelle un personnage aussi malhonnête que Jorge Rodríguez [président de l’Assemblée et frère de Delcy Rodríguez, c’est lui qui mène les « négociations »] détient un pouvoir de décision aboutira, sans aucun doute, à une nouvelle fraude et à une nouvelle supercherie à l’encontre du peuple vénézuélien.
De cette négociation, rien de bon ne sortira pour le peuple ni pour la lutte visant à faire respecter la Constitution et la souveraineté populaire exprimée le 28 juillet.
- Il faut exiger la libération immédiate de tous, absolument tous, les prisonniers politiques.
- Il faut exiger le rétablissement immédiat du salaire en tant que rémunération du travail (article 91 de la Constitution de la République bolivarienne du Vénézuéla) et de tous les droits du travail bafoués par la dictature.
- Il faut exiger la nomination immédiate d’un CNE ad hoc, en concertation avec les forces politiques qui ont remporté une victoire écrasante le 28 juillet, dans le seul but de convoquer sans délai des élections présidentielles.
- Il faut rétablir l’enregistrement légal de tous les partis politiques d’opposition et permettre la légalisation des partis auxquels l’enregistrement a été refusé depuis plus de 10 ans.
- Il faut autoriser et exiger la tenue d’élections au sein des centrales, fédérations et syndicats qui n’en ont pas organisé depuis 10, 15, 20 ans, voire plus.
- Il faut autoriser les élections des instances universitaires qui n’ont pas eu lieu depuis près de 20 ans (comme à la LUZ).
- Il faut exiger le déblocage de plus de 50 sites web que le gouvernement a censurés depuis une décennie (comme Aporrea). Et la restitution de tous les médias écrits et audiovisuels que le gouvernement a expropriés au cours des dernières décennies.
Tout cela doit se faire dès maintenant, pas la semaine prochaine, ni en novembre ou en décembre, comme Dinorah Figuera tente de le faire croire en se prêtant au jeu macabre de la dictature de « Rodrigato » et au plan de pillage sans fin de Donald Trump. Les élections doivent avoir lieu dans un délai maximal de trois mois, cette année même, en 2026. Une fois que le nouveau gouvernement élu aura pris ses fonctions, le contrôle absolu des recettes issues de notre pétrole, de notre or et de toute autre ressource naturelle que nous exportons devra passer entre des mains vénézuéliennes, conformément aux dispositions de la Constitution de 1999.
Des élections à l’Assemblée nationale doivent également avoir lieu, éventuellement en même temps que l’élection présidentielle, et cette nouvelle AN doit nommer un nouveau TSJ, un nouveau procureur général, un nouveau médiateur, un nouveau contrôleur général des comptes, ainsi qu’un nouveau CNE qui remplacera celui créé ad hoc pour organiser ces élections.
Ce ne sont là que quelques idées fondamentales que doivent défendre les mouvements sociaux, syndicaux et universitaires, ainsi que les organisations politiques engagées dans la restauration de la démocratie.
Roberto López, professeur titulaire à l’université LUZ, est délégué de l’APUZ auprès de la Federación de Asociaciones de Profesores Universitarios de Venezuela (FAPUV) et membre du Comité national de conflit, de l’Intersyndicale de LUZ, de l’Unité syndicale de l’État de Zulia et de l’ Unión Nacional de Acción Social, Sindical y Gremial (UNASSG).
Quelques liens pour lire plus à propos du Comité national de conflit des travailleur.se·s en lutte :
- soutien aux victimes du tremblement de terre
- non à la loi du travail
- des syndicalistes vénézuéliens nous parlent
- un accord intersyndical historique
- une nouvelle journée de lutte
- le gouvernement Maduro a imposé une dictature ouverte
- sur la situation sociale au Vénézuéla


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