Le grand intérêt du livre est de déplacer la question traditionnelle : Comment Hitler a-t-il réussi à conquérir le pouvoir ? vers une autre question : Qui a décidé de lui donner le pouvoir ? La période mars 1930 – janvier 1933, période durant laquelle le régime parlementaire se désagrège, les gouvernements gouvernent de plus en plus par décrets présidentiels (l’équivalent de notre 49-3) et de moins en moins par une majorité parlementaire. C’est essentiel, car cela détruit une représentation trop simple de la montée du nazisme : celle d’une démocratie qui aurait fonctionné normalement jusqu’au jour où Hitler aurait remporté les élections. Le parti nazi obtient certes des résultats électoraux importants mais Hitler n’est pas élu chancelier par le peuple allemand. Le 30 janvier 1933, c’est le président Von Hindenburg qui le nomme chancelier, après les manœuvres politiques de conservateurs convaincus qu’ils pourront le contrôler. C’est là que le titre prend tout son sens : les « irresponsables » sont ceux qui ont cru pouvoir jouer avec le feu politique sans en subir les conséquences. Chapoutot établit des parallèles entre la crise de la démocratie allemande et certaines évolutions contemporaines : affaiblissement du parlementarisme, concentration du pouvoir exécutif, crise de la démocratie, montée de l’extrême droite et tentation d’une partie des élites de considérer celle-ci comme une force avec laquelle il serait possible de composer.
Daniel Rome
Les Irresponsables, qui a porté Hitler au pouvoir ? Johann Chapoutot, Gallimard-essais, 304 pages, 21€


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