Le développement de l’IA à marche forcée a ouvert un débat public sur sa régulation. A l’instar du Pape qui déclare « qu’il ne faut pas renoncer à l’IA, mais l’empêcher de dominer l’humain », l’IA n’est pas rejetée en soi, mais on demande sa régulation, son usage raisonné.
Cependant d’autres voix s’élèvent pour plaider que la volonté de régulation de l’IA se bercerait d’illusions dangereuses : L’IA répond aux besoins du capitalisme mais ces besoins finissent par s’imposer aux citoyens. D’autre part, l’illusion que la croissance pourrait continuer à assurer le bonheur. Il ne peut donc y avoir qu’un combat qui vise directement l’IA dans son principe organisateur »[1].
L’IA n’est pas une technologie comme les autres. Il faut peut-être distinguer les IA utilisées dans les entrepôts et en médecine qui participent d’une rationalisation du travail – des IA génératives telles ChatGPT. Dès sa conception, l’IA générative contient des germes de substitution à nos facultés de comprendre, de juger, de dire le vrai. Elle sert surtout à supprimer des emplois, déqualifier les travailleurs, les surveiller et les exploiter. Une technologie pensée comme un instrument de domination ne peut pas être utilisée comme un outil d’émancipation.
On peut se poser la question de savoir si l’IA répond à des besoins réels et quel est son rapport bénéfices/risques ? Des bénéfices réels dans certains domaines, mais un énorme gaspillage de ressources humaines et naturelles pour faire la guerre, manipuler, surveiller et dévaloriser l’humain au moment où l’humanité se pose la question d’adopter des modes de vie plus sobres.
Cependant, ce n’est pas tant des machines qu’il faut avoir peur, mais de ceux qui cherchent à nous sidérer dans une posture acritique face au déferlement « naturel » de cette technologie. Ne nous laissons pas enfermer dans cette fatalité. On a bien réussi à interdire l’édition du génome humain ou les OGM.
Josiane Zarka
Photo by Steve A Johnson
[1] Romanic Godin médiapart 20 juin 2026


A lire également
Le feu népalais
Jeunesses sur un volcan
COP 30 : Face à l’immobilisme des Etats, l’action des peuples