Jeunesses sur un volcan

Sri Lanka, Bangladesh, Népal, Serbie, Madagascar, Pérou. Depuis 2022, les jeunesses en révolte, dans les pays périphériques du capitalisme globalisé, balaient les gouvernements. En trois ans, six gouvernements ont chuté sous l’assaut de la rue. Avec une rapidité surprenante. En 2022, il fallut cinq mois à la jeunesse sri-lankaise pour chasser du pouvoir le clan Rajapaksa qui dirigeait le pays depuis plusieurs décennies. En septembre 2025, il a fallu deux jours pour que la génération Z népalaise mette fin au gouvernement du maoïste Khadga Prasad Sharma Oli, 73 ans. En trois semaines, les manifestations à Madagascar contre les pénuries d’eau et d’électricité deviennent une motion de censure dans la rue contre le président Andry Rajoelina qui prend la fuite avec l’aide de la France qui lui fournit gracieusement un avion. Fin septembre, la jeunesse péruvienne manifeste contre le gouvernement dirigé par la détestée présidente Dina Boluarte finalement… destituée le 10 octobre.

Le point commun de ces mouvements est la lutte contre la corruption des élites dirigeantes et une exigence de justice sociale. Une remise en cause radicale du système dominant pour la défense de l’intérêt commun. À l’heure des réseaux sociaux mondialisés, c’est aussi la transversalité de l’information entre ces mouvements qui s’impose. Et la reprise de symboles communs comme le chapeau de paille du manga « One Piece ». Un imaginaire culturel commun mondial. Pour autant, à cette étape, à part l’exemple serbe, ces puissants mouvements d’une nouvelle radicalité anticapitaliste se voient le plus souvent confisquer leur victoire contre les pouvoirs en place par des fractions réactionnaires (junte militaire, « opposants » sclérosés) qui promettent de tout changer pour ne rien changer. Pierre Zarka dans le numéro de Cerises d’octobre 25 pointait une double difficulté qu’affrontaient ces mouvements de protestation : « il y a donc une double frontière à oser franchir : dans le même temps passer de la protestation à l’élaboration d’objectifs transformateurs et s’auto considérer comme force décisive pour faire passer chacun de ses objectifs dans la réalité et dans la loi sans se mettre en situation d’attente à l’égard des formations politiques ». Un double obstacle que le mouvement auto-organisé serbe, sous l’égide du mouvement étudiant, est en passe de franchir en se constituant comme un bloc social et politique alternatif. À noter qu’ici l’auto-organisation et les mouvements revendicatifs permanents, malgré une répression grandissante, ont précédé la question électorale et même si le mouvement réclame des élections anticipées, il ne temporise pas la contestation sur un possible calendrier électoral. Les mouvements de la jeunesse du « sud global » tireront les enseignements de cette première phase d’insurrections citoyennes. The game is not over.

Patrick Le Tréhondat


Nous renvoyons nos lecteurs à une étude très intéressante de Vijay Prashad sur ce que l’on appelle la Gen Z : Sept thèses sur les insurrections de la génération Z dans le Sud global

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