Crise de l’accueil, quelle place pour les soutiens aux exilés ?

A Rennes, depuis l’été 2019, les organisations et individus de la société civile n’ont jamais – sauf quelques mois pendant les confinements – cessé de gérer des lieux de vie informels pour des personnes exilées à la rue : campements, gymnases, occupations, squats… et souvent plusieurs à la fois.

Lors des expulsions, des relogements ont été proposés. Mais pas en 2024 : c’est la société civile qui avait mis à l’abri les occupants la veille du jour où un campement avait été partiellement détruit par la neige. Les exilé.es concerné.es ont passé l’hiver 2024-2025 dans un gymnase où les conditions de vie ne cessaient de se dégrader. Ils-elles en ont été expulsé.es en avril 2025. Et ils-elles sont allé.es rejoindre le campement de Maurepas.

Un petit groupe d’exilé.es cherche à organiser la vie sur place, mais c’est compliqué. Les arrivées constantes rendent la cohésion du groupe difficile à construire malgré des réunions de régulation hebdomadaires coordonnées par l’Inter organisation de soutien aux personnes exilées, animées désormais par le CIAMIR, le collectif de personnes exilées. La population du camp est très hétérogène, et les motivations des gens très différentes. Cette année est aussi créé, avec l’appui d’Utopia 56, le collectif des mineurs isolés de Rennes qui organise ses propres actions.

Les rassemblements et manifestations se multiplient, grâce à une unité plus grande entre les associations de soutien et avec de plus en plus l’investissement d’une partie des personnes concernées.

Dernières actions en date, occupation d’un centre social, qui sera évacué par les forces de l’ordre début décembre en contrepartie de quelques hébergements, campement des mineurs isolés devant le conseil départemental, qui, dans un contexte de restrictions budgétaires, nie la minorité des mineurs isolés pour ne pas les prendre en charge et refuse d’accueillir des femmes enceintes, lui dont c’est une des missions .

Une question se pose aujourd’hui pour l’Inter organisation : abandonner la gestion du terrain, étant parvenus à nos limites et voyant nos appels à soutien institutionnel non pris en considération. ? Que se passera-t-il quand les collectifs ne joueront plus le rôle de substitution à la responsabilité de l’Etat qu’ils remplissent toujours plus et depuis des années ?

Douze alertes ont été envoyées aux institutions, co-signées par de nombreuses associations du département, depuis l’été 2025,  annonçant qu’ils ne gèreraient plus l’accueil d’hiver à leur place, assez bien relayées par la presse locale.

Rappelons que l’hébergement des demandeur.euses d’asile est une obligation pour l’OFII, qui ne la respecte pas. Et l’hébergement d’urgence est une compétence de l’Etat, qui ne respecte pas ses propres lois. La mairie n’a pas d’obligation d’héberger les sans-abri. Depuis 2014, elle a tout de même été amenée à mettre en place progressivement un service Hospitalité, qui héberge de nombreuses familles avec enfants. Cependant elle a aussi l’obligation de veiller à la sécurité et la fourniture en équipements minimaux des gens qui vivent sur son territoire.

Dans une période politique très hostile aux migrants, les institutions ont durci leur politique d’hébergement et de régularisation. Les OQTF sont de plus en plus fréquentes et utilisées depuis quelques mois pour interdire toute régularisation.

La population, malgré de nombreuses associations et de beaux mouvements de solidarité, est encore trop peu mobilisée pour le soutien aux exilés,

C’est dans ce contexte contradictoire que se prépare à Rennes la journée internationale des migrants, le 18 décembre.

Marianne Coudroy

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