Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

De quelques obstacles majeurs à une alternative

Soit l’alternative comme une tout autre façon de faire société, civilisation et monde, avec d’autres rapports entre les humains et avec le vivant, pour sortir enfin de notre préhistoire faite de violences et dominations. Cette bifurcation vers une vie apaisée de haute qualité, porteuse d’émancipation et de vertus écologiques par une maîtrise en commun des destins individuels et des destinées collectives affronte au moins deux obstacles majeurs : le capitalisme et l’État !

Il faut au moins souligner un parallèle fondamental entre eux. Le capitalisme a assis l’économique comme le principal déterminant socio-politique et s’est imposé comme seule véritable économie. L’État, quant à lui, est assis sur l’assimilation collective de l’incarnation de la souveraineté délégataire par une autorité en surplomb seul véritable maître de l’organisation de la société. D’où le pervertissement de la démocratie elle-même par la confusion entre l’État de droit et l’état du droit.

A l’instar du capitalisme, la force de l’État c’est d’arriver à notre servitude volontaire et à la colonisation de nos imaginaires par sa capacité à apparaître naturellement aussi indispensable qu’irremplaçable ! Oui, le capitalisme est loin d’être parfait, mais sans, ça relève du rêve ! Oui, avec l’État tout ne fonctionne pas bien, mais sans, ce sera le cauchemar du chaos !

L’État ce n’est pas que les institutions centrales et les compétences régaliennes, c’est l’ensemble de la machinerie institutionnelle à toutes les échelles et dans tous les domaines. C’est surtout des logiques formelles, structurelles et fonctionnelles qu’il diffuse et qui imprègnent toute la société, nous rendant État-dépendants pour le moindre de nos besoins et aspirations, exigences et luttes. Ces logiques infusent en permanence, formatant non seulement les agents des appareils d’État, mais aussi tout le corps politique des partis entièrement captés par la conquête du pouvoir. Or, l’expérience montre que si le pouvoir d’État est loin d’être anecdotique pour appliquer une politique, les logiques intrinsèques de ce dernier cadenassent de fait le champ des transformations possibles. Avec l’État en l’état aucune alternative radicale n’est possible !

L’autre obstacle à une alternative semble être l’absence d’un récit mobilisateur porteur d’une espérance collective. Le récit de la fin des grands récits a émergé en même temps que le néolibéralisme. Pourtant, certains récits religieux et politiques continuent de fonctionner à plein. Dangereux et aliénants, ils mobilisent sur la croyance confortable aux promesses transcendantales illusoires ou de volontés de puissance ou d’exclusion identitaire mettant chacun-e à sa place ! Or, l’échec historique du précédent récit de libération prétendant assurer une place à chacun-e condamne toute adhésion à un dogme.

Avec l’effondrement du « socialisme autoritaire », les mutations géopolitiques de la globalisation néolibérale, et l’irruption des urgences climatiques, l’absence d’aggiornamento idéologique des partis traditionnels dans leur diversité génère partout une crise politique systémique. La myriade des résistances, altermondialisme, printemps des peuples, mouvement des places, indignés, 99%, nuits debout, Gilets jaunes, Femmes, vie, liberté, ZADs, Soulèvements de la terre… demeurent des marqueurs forts et d’espérances vivaces comme en témoigne encore la Gen Z ! Mais la somme de toutes ces énergies fertiles, et de bien d’autres micro-expériences, ne constitue pas des alternatives globales !

L’émancipatrice appelle une visée radicale rendue lisible par un récit mettant en mot les multiples cohérences d’un projet à co-élaborer et co-réaliser par un processus de transformation. Pour que chacun-e puisse assurer et assumer sa place en toute autonomie, il est impératif que les transform/acteurs soient pleinement impliqués dans la fabrique même du récit de cette expérimentation en acte. Cela demande des manières de penser et de façons de faire qui restent à inventer à toutes les échelles.

Makan Rafatdjou

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