La simple problématique de ce numéro constitue en lui-même un début de réponse : se demander pourquoi on ne gagne plus c’est faire en partie l’impasse sur les victoires obtenues. Localement de nombreux mouvements obtiennent gain de cause : embauches, primes, augmentations de salaires, amélioration des conditions de travail…
Nous avons sans doute une responsabilité à les faire mieux connaître car si elles n’ont pas l’ampleur d’une victoire interprofessionnelle elles confirment que la force du nombre et de la mobilisation permet de gagner et ce sont souvent des mouvements offensifs dont la victoire est bien de nouveaux acquis et pas d’empêcher la détérioration de l’existant.
Au-delà, faire remonter à 2006 voire 1995 le dernier recul d’un gouvernement sur un projet n’est-ce pas là aussi faire l’impasse sur des victoires plus récentes ? On peut penser à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes bien sûr. Ou à l’abandon du système de retraite à points, souvent mis au crédit de la pandémie de la Covid. Mais lorsque intervient le premier confinement, le mouvement est toujours en cours. Et c’est bien parce que le 5 décembre 2019 débute un puissant mouvement reconductible avec 80% de conducteurs/trices grévistes à la SNCF et à la RATP, plus de la moitié des enseignants/es… qui durera plus de 6 semaines sans trêve des confiseurs que le gouvernement recule. En cette rentrée, le mouvement éclair du 10 septembre poursuivi les 18 septembre et 2 octobre a eu raison des deux jours de travail gratuit que le gouvernement voulait nous imposer et sans doute de l’année blanche sur les prestations sociales et les pensions de retraite.
Nos mobilisations paient donc ! Mais il est indéniable que nous faisons face à des difficultés importantes. L’organisation du monde du travail n’est plus la même, les grandes concentrations ouvrières sont en net recul ou en mutation, les entreprises publiques à statut ont été privatisées et sont en voie de démantèlement, les intérimaires sont légions dans les usines de l’industrie et les entrepôts de logistiques, 5 millions de salariés/es sont isolés/es dans des entreprises de moins de 11 salariés/es ou au domicile d’un particulier tandis que le télétravail participe de l’explosion des collectifs et que la fusion des différentes instances de représentation et notamment des délégués/es du personnel a accentué l’éloignement.
S’il n’y a aucune fatalité et si de nombreux exemples montrent qu’il est possible de s’implanter syndicalement partout : Amazon, Onet, livreurs/ses à vélo… il y a urgence à relever le défi d’inverser la courbe du taux de syndicalisation. Pas pour “ la boutique ” mais parce qu’on sait que pour qu’il y ait des grèves il faut qu’il y ait des syndicats et des syndiqués/es.
Mais au-delà de nos propres reculs, nous faisons face à des gouvernements de plus en plus radicalisés. En 2016 le gouvernement “ socialiste ” fait usage de la force à grande échelle contre les manifestants/es, occasionnant plusieurs blessés/es grave et tente même d’interdire une manifestation intersyndicale !
En 2023, le gouvernement Borne va s’obstiner malgré la force des grèves et des manifestations accélérant la crise politique en cours.
Pour préserver les acquis d’une petite minorité de privilégiés/es qui vivent de l’exploitation du plus grand nombre, l’extrême droite devient une option acceptable. Le patronat a accepté l’idée. Une petite partie milite même activement pour cette option en mettant une partie de sa fortune à disposition de cette sinistre cause. Face à la montée des fascismes et des discours militaristes partout en Europe il y a un chemin pour faire triompher le progrès social, mais il est étroit et périlleux.
Aurélien Boudon
Secrétaire national de l’Union syndicale Solidaires
Les victoires c’est aussi ce qui constituent des majorités d’idées
Les salarié.es de Duralex n’en reviennent pas. En redressement judiciaire en avril 2024, ils/elles reprennent leur entreprise en Scop et organisent récemment une levée de fond. Cinq millions d’euros récoltés en à peine 6h via une plate-forme de financement participatif, et 19 millions de promesses de dons. Les cinq millions viennent d’être confirmés tout récemment.
Est donc plébiscité le fait qu’il s’agisse d’une production industrielle implantée en France et d’une entreprise gérée par les salarié·es eux-mêmes. N’y a-t-il pas là un potentiel inexploité pour les forces de transformation sociale anticapitalistes ? N’y a-t-il pas mieux à faire que de fixer comme objectif que l’État encadre les patrons ?



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