Autour de ce budget, qu’est-ce qui n’a pas été dit pour nous faire avaler la pilule ? On nous serine qu’il faut des investisseurs et payer les banques. Il est grand temps de rappeler un fondamental : qu’est-ce qui fait la richesse d’une nation ? Si ce n’est le travail, l’activité domestique ou bénévole, la santé, l’accès à la culture et à la compréhension des enjeux de son temps. Et si l’on doit parler d’investissements, c’est pour servir (au sens être soumis) à cela. C’est pour éviter d’en arriver là que les gouvernant/es « oublient » ce qui fait la vraie richesse d’une nation.
Les éboueurs ne font pas que ramasser les ordures, ils nous assurent de l’hygiène, les enseignants ne font pas que s’occuper d’enfants, ils créent des conditions essentielles pour que la société continue, un chauffeur de bus ne fait pas que transporter des gens, il participe à la vie sociale…Un prof de français qui le dimanche va au théâtre, il se détend ou il travaille ? Un artiste, c’est pour la récré ou enrichir notre personnalité ? Les jours fériés, c’est pour ne rien faire ou être en forme les jours suivants pour jouer notre rôle ? Des « boomers » retraités qui s’occupent de leurs petits-enfants ou qui contribuent à la vie associative, ça ne participe pas au profil de la société ?
A force d’être habitué/es à être soumi/ses à une direction d’entreprise, à ce qui vient d’en haut, on croit avoir toujours besoin d’un tuteur ce qui nous fait ignorer la place qui devrait être la nôtre. C’est un déni de soi. Mesurer l’impact des grèves sur le fonctionnement de la société permet de mesurer l’apport du travail.
Les agriculteurs en renversant les panneaux indicateurs disaient que la société marche sur la tête, comment la remettre à l’endroit si ce n’est que pouvoir et nécessaires doivent être associés ?
Discuter du budget ne peut être réservé à des spécialistes : depuis le temps que des élites sont à l’œuvre, on vérifie que ça ne profite qu’aux déjà riches. Après avoir dit que c’était à la rue d’écrire le budget, les syndicats n’osent pas joindre le geste à la parole. Grand dommage. Discuter d’un budget c’est d’abord partir des besoins de la société – donc des gens – et chercher où sont les moyens. Tiens ? 270 milliards sont déjà là : ce sont NOS impôts qui vont aux très grosses entreprises comme si notre vie en dépendait et les 174 milliards de dividendes qui ne cotisent à rien. Ils viennent soit de notre travail soit de la spéculation qui détruit notre travail. Ne seraient-ce pas ceux-là, les vrai/es assisté/es ?
Du pouvoir, ça ne se donne pas, ça se prend. Oh pas tout d’un coup tout de suite, mais en imposant de nouvelles habitudes. Il ne s’agit pas de faire le budget dans ses détails mais de dire clairement où il y a de l’argent à prendre, vers quoi (services publics, travail, salaires, participation aux collectivités territoriales, culture…) il doit aller et quelles réorientations effectuer pour sauver la vie sur la planète…
Des points de rencontres, dans la rue, dans les entreprises où Madame et Monsieur Tout-le-Monde peuvent échanger pour participer à la définition de ce qu’il faut faire. Et si manifs et grèves il y a, elles changent de caractère : on ne proteste pas (on a déjà donné), on dicte ce qui est nécessaire et on exige que les élus s’exécutent.
En sommes-nous capables ? Peut-être par éducation, nous n’osons pas. Au compte des richesses que nous créons, il y a la connaissance de notre situation, de nos besoins et maintenant des chiffres rappelés ci-dessus. Alors qu’attendons-nous ? Ce n’est pas parce qu’un budget autre aurait été décidé qu’il faut renoncer. C’est commencer à être citoyen/ne autrement que dans un isoloir pour dire à qui obéir ensuite. C’est faire communauté.
Pierre Zarka



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