C’est l’interdiction des réseaux sociaux qui a provoqué l’explosion sociale. Ces réseaux sociaux sont indispensables pour de très nombreux népalais et népalaises qui ont émigré (7,5 % de la population) afin que l’argent envoyé par les expatrié.e.s puisse parvenir aux familles restées au pays. La révolte contre ce bannissement des réseaux sociaux s’est rapidement élargie pour devenir un mouvement contre des politicien·ne.s corrompu·es, tenus pour responsables de l’absence de perspectives pour la jeunesse.
Le 8 septembre, la répression avec 19 morts (dont des écoliers et écolières se rendant en classe) n’a pas éteint l’incendie. Le palais présidentiel, les résidences de personnalités, le Parlement, les sièges de la Haute Cour et de la Cour suprême sont partis en flammes. Ce pays de 30 millions d’habitant.e.s. est gouverné par un « communiste » autoproclamé, K.P. Sharma Oli du Parti communiste du Népal (Marxiste-Léniniste unifié). La levée de l’interdiction des réseaux sociaux et la démission du premier ministre maoïste Oli n’ont pas suffi. Un jeune Népalais, qui a perdu son frère lors de récentes manifestations explique que la lutte de la génération Z « ne fait que commencer » après que leur mouvement a déjà renversé le gouvernement.
« Ces vidéos [montrant les enfants de la classe aisée du Népal vivant dans le luxe] ont changé quelque chose en nous. Ce fut un moment d’éveil. Nous étions en colère contre le système qui a encouragé les inégalités pendant des décennies» ajoute-t-il. Cette flambée, qui rappelle les mouvements en cours (comme en Serbie ?), s’inscrit dans une vague plus large qui touche les Philippines et l’Indonésie où la jeunesse se révolte contre la corruption et le népotisme. 50 000 Philippin·nes ont manifesté récemment contre un scandale de corruption. Au Népal et en Indonésie, les jeunes manifestant·es brandissent le même drapeau du manga One Piece : un drapeau noir, avec un crâne souriant, coiffé d’un chapeau de paille avec un bandeau rouge.
Un imaginaire commun de lutte.
Patrick Le Tréhondat


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