Les effets du dérèglement climatique sont bien réels. Ils sont multiples, de plus en plus fréquents et intenses. Les vagues de chaleurs sont davantage étendues dans le temps, dès le printemps jusqu’à l’automne. Les canicules, les sécheresses, les rayons ultraviolets, les incendies de forêt, les torrents dévastateurs, les crues rapides, les tempêtes, les tornades, les éboulements et autres glissements de terrains, les maladies à transmission vectorielle ne sont pas des phénomènes nouveaux ; mais, plus fréquents et plus amples, ils frappent largement l’Hexagone et l’Europe.
Si une certaine confusion, un relativisme, un scepticisme et même un déni, sont entretenus par une partie de la classe politique, par certains médias, notamment d’extrême droite, et largement diffusés sur les réseaux sociaux, la réalité du dérèglement climatique marque les esprits par les images spectaculaires de phénomènes extrêmes, saturant les canaux de communication.
Les processus violents atteignent de plus en plus la population dans sa chair et dans sa vie quotidienne : morts en raison de la chaleur dans les lieux de vie et sur des lieux de travail, évacuation de populations, dégâts importants sur le bâti. Même si une information chasse l’autre, même si l’amnésie peut aider à surmonter l’anxiété, le déni climatique ne tient plus. Les preuves du changement climatique sont par exemple les centrales nucléaires à l’arrêt, les pénuries d’eau potable, les mégafeux, la fatigue généralisée après les vagues de chaleur.
La résilience est une notion à manipuler avec précaution : si elle aide à remonter la pente, elle n’est pas la prophétie autoréalisatrice d’un retour à la normale. Le climat est déréglé, il l’est pour longtemps. La société est en crise ; en sortir exige de la volonté politique. L’adaptation au dérèglement n’est pas une résignation, c’est une construction collective visant de nouveaux équilibres. Les politiques d’atténuation qui permettront de contenir l’emballement climatique ne seront pas initiées par le marché capitaliste mondialisé ; elles ne peuvent venir que de la mobilisation sociale et citoyenne.
Les responsables politiques savent. Les scientifiques, les organisations internationales, les capitaines d’industrie, les compagnies d’assurance, les autorités sanitaires, les journalistes, les syndicalistes, les ONG, savent… Tout le monde est au courant du défi écologique. Personne ne saurait se défiler. Mais en fait si, car l’État a nié le travail de la convention citoyenne sur le climat. Et les gouvernements néolibéraux successifs se sont évertués à faciliter la vie du capitalisme fossile, agrochimique, numérique, nucléaire et militariste. Lois régressives et mesures répressives se sont succédé.
L’État devra jouer un rôle dans la planification écologique, dans la prévention des risques. Il faudra un État stratège qui s’appuie sur des services publics renforcés. Mais cela requiert quelques conditions. Les compétences entre les administrations centrales et les collectivités territoriales gagneraient à être redéfinies et mieux articulées. A tous les niveaux, du local au national, et jusque dans les coopérations internationales, les questions de la mobilisation sociale et de l’intervention citoyenne seront déterminantes.J’imagine que la transition écologique résultera d’une revitalisation démocratique dans laquelle une coalition écologique et sociale jouera le rôle de force propulsive.
Sinon, rien ne changera. Ou plutôt, l’adaptation aux fléaux environnementaux sera inégalitaire et violente, tandis que l’absence de politique d’atténuation augmentera les risques vitaux.
Benoît Martin, militant CGT



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