A la mort de Staline en 1953, Aragon alors directeur des Lettres françaises, consacre un numéro spécial au 1er dirigeant de l’Union Soviétique, pour lequel les communistes français ont beaucoup d’admiration… A l’époque, Maurice Thorez dirigeant du PCF est en convalescence à Moscou. Aragon commande des articles à plusieurs intellectuels dont Frédéric Joliot-Curie, et s’adresse à Picasso en lui demandant un texte ou un dessin. Picasso tarde, puis envoie un dessin qui paraît donc dans le numéro spécial des Lettres françaises. Mais voilà, Staline selon Picasso, ce n’est pas vraiment les statues ou les portraits réalistes du grand dirigeant… Le dessin fait scandale car il ne correspond pas à l’image que « les communistes » se font du personnage. Un communiqué du secrétariat national du PCF paraît en première page de l’Humanité qui annonce désapprouver catégoriquement la publication dans les Lettres Françaises du portrait du grand Staline dessiné par le camarade Picasso.
Laurent Lévy nous raconte l’histoire de ce portrait, histoire qui n’a rien d’anecdotique en réalité. Le rôle des intellectuels dans la lutte des classes, les rapports du PCF à l’Union Soviétique, au stalinisme, les conflits politiques au sein du parti, tout se joue dans cette affaire où Aragon a été malmené, meurtri, avant de reprendre sa revanche au retour de Thorez.
Laurent Lévy plein de malice, nous livre là un essai qui se lit avec plaisir.
Sylvie Larue
Un portrait de Staline, Aragon, Picasso et le parti communiste, Laurent Lévy, Editions La fabrique, Janvier 2026, 216 pages, 15 euros


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