Délicieux.

Articles courts à déguster à tout moment.

Leçons de ténèbres, Ce que la violence dit du monde

De quoi la violence est-elle le nom ? Comment les sociétés produisent de la violence ? Qu’est ce que la violence fait aux sociétés ? Comment son spectre nous hante et sa réalité à toutes les échelles nous affecte au quotidien ? D’autant que nous sommes face à une grande pluralité de violences parfois disparates quant à leurs natures, objets et acteurs. C’est de l’ensemble de ces spécificités, présentant de plus des traits historiquement pérennes ou évolutifs que le concept doit rendre compte. L’auteur analyse la matrice de la diversité de cette omniprésence historique autant que de ses caractéristiques actuelles. Il s’interroge sur l’intérêt somme toute assez tardif des sciences sociales, au contraire des mythes et récits originels, la psychanalyse ou la philosophie politique, pour cette dimension transversale de nos sociétés. Dans son approche, il ne prend pas seulement la violence comme objet d’étude, mais comme matière vivante. La manière dont les écrivains, artistes, cinéastes, juristes, militaires et militants s’emparent de cette question comporte aussi des réponses potentielles quant à la possibilité non seulement de se défendre contre ou même de maîtriser la violence mais de sortir des logiques inhérentes qui les génèrent. Comme ses précédents ouvrages, et dans le droit fil de ses engagements, l’immense mérite de ce travail magistral du professeur au Collège de France, c’est de nous offrir une synthèse pleinement appropriable par toutes et tous sur cet immense et complexe enjeu de société.

Makan Rafatdjou

Leçons de ténèbres, Ce que la violence dit du monde, Didier Fassin, 2025, La Découverte, 321 p., 22 €

Partager sur :         
Retour en haut