Je veux vous parler du livre de Martin Thibault « Les têtes hautes » que je viens de lire presque d’un trait. C’est le livre d’un militant, mais d’un militant qui connaît bien la classe ouvrière dont on ne parle quasiment plus y compris à gauche. On en parle mais sur le plan théorique car ce monde, de mon point de vue, est invisibilisé à la fois par la classe dominante et par elle-même. En effet, qui s’honore haut et fort aujourd’hui de travailler sur une machine ou sur une chaîne ? Et pourtant il fut un temps, dans les années 1950/1970 où les ouvrier·e·s étaient fier·e·s de leur travail, c’était le temps de mes parents, tous deux ouvriers, le temps où si les conditions de travail n’étaient pas acceptables « on donnait son compte », oui on congédiait son employeur en quelque sorte ! C’était le temps où le cinéma parlait d’eux et les faisaient parler. Je pense à « La classe ouvrière va au Paradis » ou « Élise ou la vraie vie » des années 1970 ou ceux d’avant guerre comme « La Belle Équipe » ou « Le jour se lève ». Bref, le temps de la génération qui m’a précédée.
Le livre de Martin Thibault, lui, parle de la génération qui a succédé à la mienne et qui a perdu à la fois son espoir dans « les lendemains qui chantent », qui se rend bien compte que la lutte ne paie plus ce qu’elle devrait, qu’il est bien difficile de résister au monde qui nous est soi-disant offert mais que quand le compte bancaire est passé au rouge bien difficile de déclencher une grève. En même temps, il nous fait sentir les liens très forts qui existent entre les militants syndicaux, les syndiqués mais aussi ceux qui se tiennent loin de ce monde. Ceci se révèle à la faveur d’un gain collectif à la suite d’un loto hebdomadaire, chacun va avoir des étoiles dans les yeux, chacun va peut-être faire un pas de côté en contradiction avec ses idées.
Martin Thibault pourrait être mon fils mais, enseignant chercheur en sciences sociales et militant syndical, il s’est inspiré pour son premier roman de ses travaux sur les classes populaires et le milieu militant.


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