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Temps courbe à Krems

Depuis Trieste et cette petite région septentrionale d’Italie, qui fut longtemps moldave, voici cinq nouvelles et autant de portraits sur le thème de la vieillesse. Cinq nouvelles que l’on peut lire au prisme du temps, des temps qui vont, des rythmes assoupis avec l’âge, temps aussi des migrations, de ces écarts avec la terre qui dévient une trajectoire ou enracinent un trajet. Vieillesse narrée ici non comme une phase terminale ou un âge ancien, mais comme le moment d’un vieillissement, d’un rapport différent à la société, « sa » société à soi, d’un soi qui bouge. Une représentation qui tient de l’invisibilité autant que de l’effacement ; et autorise une liberté inavouable…

On n’évoque jamais la vieillesse sans la mort. « La mort n’est qu’une éraflure sur la réalité ». Élément d’une réflexion philosophique qui traverse cet ouvrage. Le temps présent n’est-il pas infini ? Le futur existe-t-il quand le passé, lui, existe toujours ? N’est-ce pas le rapport aux autres qui « définit » le temps ? Comme un sablier qui se pare de couleurs variant selon l’exposition, un autre écart. A la maison de retraite, le poète décrit « ce qui passe » alors que le « véritable » n’est-il pas souvent ce qui est réécrit. Qui fait foi !

On lira avec un joli sentiment d’une bienveillance accompagnante ces cinq nouvelles qu’un temps courbe protège des saillies de leur trajet …

Patrick Vassallo

Temps courbe à Krems, Claudio Magris, Editions L’arpenteur, 2022, 121 p., 12,50€

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