Horizons d'émancipation

Le feu d’artifice du deux-roues

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            On a tous un pote qui, aux premières rosaces d’un feu d’artifice, casse l’ambiance et s’exclame : « Ouais, c’est beau, mais ça coûte combien ?… ». Vous voyez ce que je veux dire ? Eh bien, aujourd’hui, je serai cet ami. Parce que le tour de France, c’est un peu le feu d’artifice du deux-roues

            En 2020, gros malaise à Rennes. La maire PS, Nathalie Appéré vient de refuser l’honneur d’accueillir le départ du Tour 2021. Débat. Discussions. Colère de certains. Gros manque à gagner, hurle-t-on. Mais voilà… Le Tour, ce ne sont pas uniquement les jolis mollets ciselés des coureurs et leurs performances physiques impressionnantes. C’est un business. Ça coûte, ça rapporte, ça se calcule.

En pleine période de crise sanitaire, mais aussi à l’aube d’une crise financière, les écolos mettent leur veto, et la maire prend sa décision « en conscience – même si ça n’a pas été facile », (Ouest France, 25 Août 2020).

            Pour les écologistes, le problème, c’est l’impossibilité de discuter. Matthieu Theurier (Ouest France, 9 mars 2021), s’explique : « Le Tour de France nous impose un modèle. Dans les territoires où il passe, il dit : « ça coûte tant, c’est vous qui gérez les déchets, les espaces publics, qui refaites les ronds-points… Vous ne voulez pas ? Pas grave, on ira ailleurs ». Le coût, dit-il, est de trois millions d’euros pour quelques jours ».

            A la même époque, Grégory Doucet, maire de Lyon, qualifie la course de « machiste et polluante ». « Le tour n’est pas éco-responsable. Combien de véhicules à moteur thermique circulent pour faire courir ces coureurs à vélo ? Combien de déchets engendrés ? » (Lyon Capitale, septembre 2020).

Et puis quoi ? Le tour serait aussi sexiste ? La critique semble avoir été entendue : si la course n’est ouverte qu’aux hommes, cette année renaîtra le « Tour de France femmes ». Période et tracé plus courts – une seule petite semaine, du 24 au 31 Juillet, et fort peu médiatisée. Vous souvenez-vous que la première version du Tour de France féminin, entre 1984 et 1989, était disputée sur le même parcours et aux mêmes dates que celui des hommes ? Elle disparaît toutefois rapidement, au prétexte qu’elle serait « trop contraignante sur le plan économique ». Quand on voit l’argent dépensé pour le tour masculin, on se dit qu’on doit en brasser, des billets… La motivation est-elle seulement la mise en valeur des territoires ?[1]

Depuis cette polémique, en tous cas, la Grande Boucle boude Lyon…

            A Fougères, le Tour est une tradition ancrée. Entre 1985 et 2021, la cité aura été trois fois ville d’arrivée d’étape, et trois fois ville de départ. Le coût ? 200 000 euros pour la municipalité lors de la dernière édition. Le reste est pris en charge par la région. Elsa Lafaye, conseillère municipale « 20 000 maires pour Fougères », regrette cet investissement : « On n’est pas contre les grands rassemblements populaires. On aimerait juste que le même investissement soit apporté pour la pratique du vélo au quotidien. » « Tout est à faire, ajoute-t-elle. Location de vélos électriques, aménagements de voies pour les déplacements doux (vélos, trottinettes – tout ce qui ne pollue pas), développement des stationnements vélo, à placer aux bons endroits, c’est-à-dire dans des lieux choisis en co-élaboration avec les usagers. ».

            Les idées ne manquent pas… Le prestige de l’épreuve et les performances des coureurs ont-ils réellement besoin de cet écrin monétaire ? Le public  se détournerait-il de la Grande Boucle si elle coûtait moins ? N’est-il pas temps, enfin, de réfléchir autrement à l’organisation et au financement de ces grandes manifestations ?

Alexandra Pichardie


[1] Pour plus d’informations sur l’histoire du Tour et les femmes, cf. l’article éclairant d’Adeline Malnis pour les Inrock, Juillet 2019

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