Horizons d'émancipation

L’immédiat et la rupture

Construire un pont entre les besoins immédiats et la rupture avec l’ordre capitaliste

(Cet article fait partie du dossier « Radicalité » que vous retrouverez en cliquant sur ce visuel)

Pour moi la radicalité c’est ouvrir une porte sur une émancipation, construire un pont entre les besoins immédiats et la rupture avec l’ordre capitaliste. Avec la gauche, et même avec la gauche radicale, cette porte s’ouvre trop souvent sur l’État à qui l’on demande d’organiser le changement voire la rupture. On ne peut pas déléguer à l’État l’émancipation. Elle doit procéder des exploité·es et des opprimé·es eux-elles mêmes qui doivent construire leur propre autodétermination, leurs propres usages et règles de vie, leur propre économie politique, bref construire leur propre alternative ici et maintenant en toute indépendance. Au cœur de cette démarche, la stratégie autogestionnaire conçue comme un but, un moyen, un chemin. Par exemple, face aux licenciements, la stratégie doit-elle être de rechercher un repreneur improbable, pour remplacer un patron par un autre, ou de recourir à une nationalisation par un État hasardeux, instrument des classes dominantes ? Des travailleur·euses argentin·es face à la faillite de leur entreprise ont décidé, le dos au mur, mais à une échelle significative (aujourd’hui cela concerne 400 entreprises), de reprendre leur entreprise en les autogérant. Mais tout aussi important, ces entreprises autogérées sont souvent ouvertes sur le quartier, devenant également un lieu social et culturel qui déborde la déconstruction de rapports de production pour reconstruire des nouveaux rapports sociaux au sein d’une communauté plus large, celle des habitant·es environnants. Cet exemple, parmi d’autres, nous montre une forme de radicalité qui est immédiate, opérationnelle, et par ailleurs qui dissipe l’illusoire opposition des questions sociétales et sociales. Une utopie présente qui dessine un horizon de rupture.

Sur le ring de la lutte des classes il ne suffit pas de parer les coups, il faut allonger sa gauche.

Tout le monde le sent la demi-mesure ou la réformette est un mirage. Le fonctionnement actuel du capitalisme et le rapport de force dégradé ne le permettent pas. Sur le ring de la lutte des classes il ne suffit pas de parer les coups, il faut allonger sa gauche.

Aujourd’hui c’est l’extrême droite qui travaille l’imaginaire collectif. Zemmour est le nom d’une contre-utopie réactionnaire. Elle propose un autre possible apparemment en rupture avec l’ordre existant, la question de sa faisabilité et de ses conséquences est secondaire. La gauche de transformation, puisqu’on a renoncé au terme de révolutionnaire, ce qui en soi est un indice, subit dans tout son éventail une réplique de la chute du Mur de Berlin. L’échec de la perspective de la transformation révolutionnaire de la société. Octobre et ses suites mortifères n’ont pas fini de nous hanter. Ajoutons Cuba pour faire bonne mesure. Pour autant, il ne s’agit pas de faire table rase du passé et de notre patrimoine idéologique et historique. Nous sommes clairement maintenant une longue période de reconstruction. À la fois programmatique et des pratiques sociales et politiques. Il ne suffit plus de poser des questions ou de se lamenter, mais à partir de l’auto-activité des exploité·es et des dominé·es, du prolétariat (qui comprend le salariat mais ne se résume pas à lui) d’élaborer un programme communiste autogestionnaire du 21e siècle. Ne pas céder à un super-syndicalisme revendicatif mais défendre des mots d’ordre transitoire de rupture. Par exemple, face à la crise du secteur de la santé, l’autogestion de services hospitaliers par le personnel soignant comme le dessine le collectif inter-hôpitaux dans son contre-plan. Par ailleurs, j’observe avec inquiétude comment le mouvement des Gilets jaunes a été passé par perte et profits (pas par la bourgeoisie). Soulèvement populaire dont il me reste deux questions entêtantes : les ronds-points étaient-ils une modalité moderne d’unification sociale que nous reverrons ? Étaient-ils des embryons d’un pouvoir populaire à instituer, pour autant que cette question ait été réfléchie et que cette perspective ait été alors défendue par la gauche de transformation.

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