Débats

Boycott ?… À débattre !

Cerises a déjà présenté un dossier autour de la Présidentielle (ICI) évoqué la proposition de boycott, publié des débats au sein-même de l’équipe de rédaction. A côté d’autres positionnements sur cette élection, le débat sur la pertinence d’un boycott n’en finit pas d’enflammer les diverses listes de discussion de la toile. En dépit de différences légères d’appréciation ou de divergences profondes, ceux qui s’expriment ici du côté d’Ensemble, des Communistes unitaires, des Autogestionnaires, ou d’autres lecteurs de Cerises, garderont-ils suffisamment de forces et d’envies en vue de combats communs ? Cette année 2022 nous le dira peut-être.

Ci-après un florilège d’échanges de ces derniers jours où l’on s’écoute… ou non, où l’on se répond… ou non.


Pierre GOLDBERG

Montluçon

Le texte qui est dans ce lien à propos des prochaines élections présidentielles représente une profonde réflexion chez moi.

D’abord, je me suis longtemps interrogé, pour ce qui me concerne, de savoir si je devais participer à un vote qui inéluctablement depuis 20 ans (2002 et sans remonter plus loin) :

–          Conduit à détourner notre vote (ce droit qu’il a fallu défendre si souvent) de toute signification visant à faire évoluer positivement la vie des gens,

–          Conduit à vider la démocratie de tous ses apports émancipateurs,

–          Conduit systématiquement à détruire tous les acquis sociaux obtenus de grandes luttes,

–          Enfin, s’est soldé, au fil du temps, par un accroissement des idéaux d’une droite dure et de l’extrême droite, les deux de plus en plus néo-fascistes.

J’en suis arrivé à faire le constat que quel que soit mon vote, le pays et ses habitants risquent fort d’en reprendre pour cinq ans, période durant laquelle le chômage et la pauvreté vont encore plus gangréner la société, ou l’étape ultime sera la destruction totale de tous les services publics, de notre nature et de toutes ses richesses de plus en plus maltraitées, le tout accompagné d’un autoritarisme sans limite et appuyé par une police de plus en plus militarisée.

Pourtant, la non-participation au vote, en d’autres termes l’abstention, trop souvent confondue avec le silence et la passivité ne pouvait pas satisfaire ma préoccupation première qui est d’en finir avec le système capitaliste.

Nous avons cherché à plusieurs et avons opté pour une posture qui nous semble la mieux à même d’en finir avec ce système de pouvoir personnel consistant à plébisciter une seule personne devenu le monarque, vidant le rôle des députés de toute possibilité de changer le cours des choses. Bref, une caricature de démocratie, une illusion démocratique dont l’objectif premier est de tuer tous débats et toutes interventions citoyennes. Et fait infiniment plus grave encore, l’élection présidentielle est une élection qui favorise la montée des idéaux néo-fascistes. A celles et ceux qui craignent que le refus de voter serve l’extrême droite,  nous pouvons toutes et tous faire le constat que ce sont plutôt les situations qui ont découlé du vote Chirac au deuxième tour de 2002, du vote Hollande en 2012 ou du vote Macron en 2017 qui ont été à chaque fois des leviers pour l’extrême droite.

 Ce piège, aujourd’hui au plus haut degré de gravité, a été préparé de longue date. Les tenants de la grande industrie et de la finance, les capitalistes en un mot, ont paniqué en voyant, fruit du programme de la résistance en 1945, la Sécurité Sociale dirigée par les représentants, dument élus des salariés, ouvrant sur un budget supérieur à celui de l’Etat et débouchant, entre autres, sur la construction de CHU. Ils ont nourri les plus grandes craintes en voyant l’égalité progresser avec le développement inédit des services publics ; ils se sont affolés en mesurant la portée du système électoral à la proportionnelle, donnant par exemple à cette époque, un P.C.F. à 28 %. Les capitalistes et leurs mandants se sont ressaisis en 1958 en imposant une nouvelle constitution qui instaurait le pouvoir personnel.

Avec le grand mouvement social de 1968, avec les grandes grèves de 1995 et le formidable « tous ensemble », les plus grandes craintes regagnent les capitalistes. Et c’est alors le coup de force de Chirac/Jospin qui imposent les élections législatives dans la foulée des présidentielles, ce qui accroitra encore les pouvoirs d’un seul et musèlera l’opposition progressiste.

2002, 2007, 2012, 2017 et maintenant 2022, la démonstration est implacable : le suffrage universel a été vidé de son sens, la démocratie de tout contenu.  Continuer à s’inscrire dans ce système m’apparait, pour ma seule part, comme choisir de s’enfoncer dans ce tunnel sans issue, sauf à déboucher sur le pire.

L’heure est plus que jamais à tourner radicalement le dos à ces politiques désastreuses et tout autant aux systèmes électoraux qui les permettent.

Voilà pourquoi nous avons choisi de mener une campagne politique de boycott des prochaines élections présidentielles en considérant que c’était donner un coup de pied fort dans cette néfaste fourmilière, une posture de franche rupture avec le système présidentielle, dire « ça suffit »  et lancer un appel à construire une autre système qui ne déposséderait plus le peuple de ses prérogatives sur les enjeux de société, redonnant toute sa signification au vote des citoyens en réintroduisant la proportionnelle.

On m’objectera que des candidats pour l’élection de 2022 portent dans leur programme l’instauration d’une nouvelle constitution. Tant sont infiniment tentants les habits dorés du présidentialisme qu’un homme comme François Mitterrand, opposé en 1958 à une nouvelle constitution et au pouvoir personnel, s’est sans hésitation revêtu des fastes du présidentialisme à tout crin.

A ce point du raisonnement deux précisions s’imposent. On admettra en premier lieu que dans le scénario des présidentielles en ce début 2022, les chances qu’un candidat porteur d’un changement de constitution soit conduit à l’Elysée sont des plus minimes, ce qui induit obligatoirement une poursuite pour au moins cinq ans des désastreux choix qui abiment nos vies et la nature. Mais la seconde précision qui m’apparait de la plus haute importance devrait conduire tous les progressistes à s’interroger.

Soit on pense que l’on gagne par la seule voie des élections présidentielles une nouvelle constitution et donc une nouvelle politique, soit, instruits par plus de quarante ans d’échec, on choisit un tout autre chemin, celui de l’intelligence du citoyen, de leur volonté, grâce à leur force collective et surtout de leur capacité à porter leurs espoirs et à donner des issues émancipatrices à leurs luttes.

Illusion que ce raisonnement ?

Le monde du travail chilien a conduit des luttes sociales puissantes en 2021. Les travailleurs du Chili ont intégré à leurs revendications leur volonté de voir aboutir une nouvelle constitution. Ce faisant, ils n’ont pas hésité, avec leurs syndicats, à se mêler de choix profondément politiques. Et ils ont gagné la tenue d’un référendum et la victoire pour eux au bout, le tout face à un pouvoir qui n’a rien à envier à la dictature Pinochet. C’est dans ce climat et après cette première victoire que le peuple chilien a choisi majoritairement un nouveau président de la république issu de la gauche combative et transformatrice. Reste au peuple chilien l’immense tâche de faire vivre les engagements pris.

Mais en France, que penser ?

Nous sommes dans un pays où les valeurs d’égalité, de justice et de solidarité sont majoritaires, où la critique du capitalisme est de plus en plus marquée et qui pourtant conduit les citoyens à désespérer de l’actuel système politique.

En cela, le boycott n’est pas un renoncement ; c’est au contraire un acte politique visant à remettre en cause l’institution anti-démocratique de ces élections, un premier pas, mais un pas significatif, vers une nouvelle constitution. Celles et ceux qui agissent dans des actions alternatives, les Gilets Jaunes, les défenseurs du climat au premier rang desquels on trouve la jeunesse qui s’est abstenue à près de 80 % lors des dernières consultations électorales, les féministes, les militants de la gauche de la gauche peuvent trouver dans une campagne de boycott un premier terrain de rencontre pour un prolongement politique de leurs actes, un processus qui peut ouvrir en grand leur imaginaire politique.

A l’appui de ces constats, il est un autre élément qui a beaucoup compté dans mon choix.

Au-delà des incertitudes liées à la pandémie, des angoisses de nos compatriotes, au-delà des décisions désordonnées et des mesures autoritaires du pouvoir en place, il y a des réactions positivement interpellantes  dans les réflexions et le choix qui se dessinent chez nombre de citoyens : le développement des services publics proches d’eux, le produire français, le producteur et le consommateur proches l’un de l’autre, des denrées alimentaires saines….

Telles sont entre autres les aspirations à des changements de fond, à une vie meilleure. Ces aspirations à des changements profonds ne sont elles pas autant d’appels à une autre société ?

Il faudrait alors exclure de cette soif de changement toute évolution, toute transformation dans le système politique et dans le système électoral vieux de 60 ans, nocif au plus haut point pour la vie des humains et pour la nature ?

Je suis profondément convaincu du contraire. En boycottant les élections à venir, je suis persuadé de m’inscrire pleinement dans ces mouvements citoyens naissant comme dans ceux que nous avons déjà connus.

Enfin, je veux souligner qu’en boycottant les élections présidentielles, je reste en accord profond avec la position communiste qui a consisté en 1958, seul en tant que parti, à rejeter et combattre le pouvoir personnel que le Général De Gaulle installait. De la même manière, je reste fidèle à mon vote à l’Assemblée Nationale contre la loi Chirac/Jospin couplant les législatives avec les présidentielles.


Michel MOUREREAU

L’Île-Saint-Denis

Bien sur, j’ai d’autant plus de difficulté à comprendre la position de P. G. qu’il était lui-même issu du suffrage universel (SU) et a pris part à des décisions constructives. 

  Le détournement du SU est un impératif de la « démocratie représentative » dont Guizot a bien précisé la raison d’être du SU masculin. A l’appui l’exemple américain : aussi longtemps que le tandem Républicain/Démorate validait, consolidait le règne du Capitalisme, pas de remsie en cause de ce système électoral. 
 La bascule actuelle politique actuelle est liée à l’élection de Biden qui, représente une mise en cause du Capitalisme à terme proche, conduit les Républicains à  empêcher de voter une partie de  la manipulation du SU: ce que fait Guizot lorsqu’il  subordonne, par exemple, le droit de vote à la résidence fixe de 3 ans, dans une France à 80% rurale, où le travail des saisonniers est dominant. Sans parler du « charcutage » du scrutin d’arrondissement, via des circonscriptions où l’on a vu certaines ( Nogent/Marne, 94) être coupée en deux sans que ce mode scrutin soit modifié. En 1981 nous avons perdu la circons’ de Etienne Fajon ( 93). Comme je lui parlais de la proportionnelle, il me fit remarquer , avec justesse, que 1936 était issu de ce mode de scrutin.

La Différence décisive à mon sens, avec 36, c’est que les grèves puissantes, ont appuyé les mandataires nouveaux, APRES le vote. En 68 , qu’avons nous vu ?

C’est la manif des Champs-Elysées ( Malraux) du 30 Mai qui soutenu De Gaulle : l’exact inverse de 36. 
 La bourgeoisie se souvient de SON histoire face à l’aristocratie dont la conclusion est l’amendement Wallon, dans une Chambre Elue au SU.  La république est installée à UNE voix de majorité mais elle est votée

Le SU reste une arme à l’instant T; rien de plus MAIS il reste une arme, sinon le suffrage censitaire, n’avait aucune raison d’être installé, comme façade « démocratique ».

Observons que ce suffrage censitaire est, de fait, rétabli:

l’abstention ( l’abstinence de vote, selon moi,) sévit dans les bureaux populaires au contraire de ceux du XVI ème arrondissement de Paris.

 Le non-vote est la signature de la profonde crise du système représentatif, délégataire. Le GJ en sont la preuve: d’où la panique de la bourgeoisie et de Macron. 

Remettons LA QUESTION SOCIALE au centre de la monarchie élective… pour voir. La puissante grève des enseignants qui sont la base de la S-Démocratie, témoigne d’un potentiel MAIS pas plus.


Daniel ROME

Montreuil

Pour en avoir longuement discuté avec mes amis du comité de rédaction de Cerises, j’ai été un temps, séduit par cette idée. J’y ai longuement réfléchi et je me suis demandé : « si l’élection avait lieu aujourd’hui que ferais-je ? » J’en ai conclu que je ne pouvais pas boycotter un scrutin lourd de périls pour la démocratie, dans une période où l’extrême-droite dépasse les 30% des intentions de vote et où une partie de la gauche reprend à son compte les thèmes et le vocabulaire de leur rhétorique. A part le candidat de la France Insoumise aucun candidat n’a un véritable projet de société et ce n’est pas la candidature de Christiane Taubira qui va arranger les choses.

En réfléchissant à cette question j’ai pensé au roman que j’ai lu en 2007 au moment de l’élection de Sarkozy « La lucidité » de José Saramago. Je vous le recommande !

Il ne faut pas oublier que les néolibéraux n’ont que faire de la démocratie et de la légitimité électorale. En 2017 au second tour des présidentielles il y a eu 12 millions d’abstention et 4,1 millions de votes blancs et nuls. Et le président de la République élu n’a pas du tout tenu compte du fait qu’il ne représentait que 43% des inscrits. Ses 5 années de mandat ont consisté à effacer toutes les représentations intermédiaires (syndicats, associations, élus) et même dans la dernière période à faire fi de ce que pense le parlement et le gouvernement. Sans un mouvement de grande ampleur comme les Gilets jaunes, rien ne bougera.

Dans tous les pays (notamment en Afrique) où l’opposition a appelé au boycott ça s’est soldé par un échec cuisant. Nous devons donc réfléchir comment lier politiquement luttes sociales et élections, comment mieux relier mouvement social et politique à l’exemple du Chili où le nouveau président a été très impliqué dans les luttes étudiantes.

C’est vrai que nous avons un système institutionnel qui pervertit complètement la démocratie et en fait une République bonapartiste. Cependant l’appel au boycott n’aidera pas à faire avancer nos idées. Je pense qu’il ne contribuera pas à élever le niveau de conscience. Il risque au contraire de renforcer la désillusion.

Aux régionales et départementales de 2021, 70% du corps électoral a fait la grève des urnes mais ça n’a nullement gêné les néolibéraux pour mettre en œuvre leurs choix politiques.

Voilà quelques réflexions… pour participer humblement au débat


Etienne DOUSSAIN

Noisy-le-Grand 

Idem… un modeste avis…

Dès le mois de septembre, à quelqu’un.e.s dans notre collectif local, nous nous sommes interrogés sur l’opportunité de communiquer ou non sur un appel au boycott, sans parvenir à vraiment trancher cette vraie question.

Si nous sommes convaincus que l’abstention massive lors de plusieurs séquences électorales, les municipales notamment depuis plusieurs mandats en milieu urbain, révèle une protestation qui ne dit pas son nom, tout en décrédibilisant le message politique des uns et des autres, force est de constater que… les uns et les autres s’en fichent allègrement s’estimant légitimés sur le plan institutionnel.

Ce qui en creux interroge de fait sur l’efficacité du boycott quasi instinctif d’une partie croissante de la population.

Nous avons bien évidemment le sentiment, et depuis longtemps, d’être dupé par le mécanisme électoral de la 5eme République et sa verticalité… à tous les étages, serait-je tenté de dire; pour autant, ma réflexion me porte à dire que nous n’avons plus le choix pour la séquence qui s’annonce et les lamentables atermoiements qui l’accompagnent… à gauche.

Une campagne de boycott sera inaudible, sinon ne fera que de nous satisfaire à titre individuel, voire dans de tout petit groupe structuré ici où là.

Aucune efficacité, donc…

D’aucun.e.s ont pensé qu’il était peut-être possible de renverser la table avec des initiatives comme la primaire populaire, par exemple, mais la encore, la mécanique semble aussi mal en point, puisque tous les candidats déclarés à gauche, soit ont annoncé pour plusieurs d’entre eux qui ne respecteraient son résultat, soit parce que l’ensemble des candidatures connues n’est pas soumis aux votants annoncés de la dite primaire, ce qui dans les deux cas hypothèque d’ores et déjà la fiabilité de ce vote, sans parler de cette curieuse manière de valider un vote en utilisant sa carte bancaire…

Nous n’avons donc pas le choix, sinon que de soutenir publiquement et de voter pour le candidat le mieux placé, au moins dans les sondage, celui de la FI avec qui, sauf erreur de ma part, peu ou prou, nous avons cheminé au cours de deux campagnes électorales du même type. Ce qui ne fait non plus un soutien sans contestation de méthode ou de personnalité…

Cela m’apparaît être la seule façon de pouvoir rester efficace durant cette séquence électorale déjà biaisée.

D’autant plus, dirais-je, que les candidatures de diversion, voire inutiles ne manquent pas.

Avec une exigence toutefois, et elle semble dans l’air du temps, c’est qu’un accord électoral pour la séquence des législatives qui suivra … soit à acté…avant la présidentielle par le plus grand nombre de forces qui se réclament d’une gauche digne de ce nom…

Voilà pour moi !


Jean BRAFMAN

Saint-Denis

Je me situe complètement dans les réflexions et positionnement de Daniel Rome.

J’y ajouterais le fait d’avoir procédé à mes propres recherches -tout le peuple est en recherche, donc rien d’original- en consultant tous les espaces qui les favorisent plus ou moins positivement dont en dernier la primaire populaire.

Je parviens aux conclusions suivantes selon les mêmes arguments de Daniel : les enjeux me font pencher vers le vote Mélenchon et de travailler au maximum à son développement ; rester solidement sur la dimension du rapport de forces dont personne, je dis bien personne ne peut prédire son ampleur ; contribuer à l’extension et à la qualité démocratique et citoyenne de l’Union populaire -pour des raisons liées aux pratiques politiques de LFI dans ma ville de Saint-Denis, j’ai pris de la distance et ne croit plus à la pérennité à terme du mouvement LFI tel qu’il est-.

Nous vivons un moment historique majeur : le mouvement de l’évitement ne me parait pas du tout susceptible de l’aborder en en faisant une force, bien au contraire. Par contre est essentielle la rencontre des plus conscients des politiques encore engagés institutionnellement avec celles et ceux qui sont sur le champ des luttes ou auto organisations sociales, démocratiques et écologiques mais aussi des  sceptiques, désabusés mais gardant la force d’aspirations aux changements immédiats de leurs vies.

Pas seulement l’agglomération de celles et ceux qui se sont mis ou sont mis tout court ; à l’écart. 

La partie est perdue d’avance ? Non. Les accélérations et les bouleversements dans tous les domaines ne toucheraient pas le politique ? Bien sûr que si.



Pierre NOUZAREDE

Bergerac

Le droit de vote est une conquête démocratique essentielle. Ce droit se serait il étiolé au point de n’être qu’une arme de domination du Capital ? Je laisse le point d’interrogation pour ne pas laisser croire que je n’aurais que des certitudes…

Malgré tout, je tente de suivre et de m’impliquer comme je peux c’est à dire très, très modestement, dans la campagne pour l’Union Populaire et l’émergence du programme l’Avenir en Commun. 
Celui ci contient les ferments de transformation écologique et sociale pour lesquels j’ai combattu toute ma vie. Quels que soient les résultats des prochaines élections, il faudra encore et toujours continuer de combattre l’hypothèque capitaliste pour nous émanciper totalement de ce système qui non seulement opprime mais nous maintient formatés, ce qui n’est pas un aspect mineur de ce combat. 

Nous sommes toutes et tous placés face à des échéances qui peuvent être vitales. Chaque année perdue pour faire muter l’ordre des choses mortifère qui nous presse, rend les conditions de développement de l’espèce humaine plus incertaines. 
Les élections présidentielles et législatives ne sont certes qu’un moment de ce combat, mais un moment auquel nous devons participer, en toute lucidité. 

Rêvons un peu, mais si l’Avenir en commun s’imposait par une volonté majoritaire enthousiaste, la mise en œuvre de nos objectifs comporterait entre autres la tâche immédiate celle de provoquer la mise en place d’une constituante pour une 6ème République. 




Jean-Blaise LAZARE

Livry-Gargan

Petit quiz : 

Pensez-vous vraiment que ceux qui accèdent au second tour de la présidentielle ne sont pas tous des candidats triés sur le volet pour leur attachement au système capitaliste néolibéral ?

Ne pensez-vous pas que le pouvoir en place et l’oligarchie qui le commande savent jouer d’une propagande discrète mais efficace, via les médias de masse et la presse sous influence, pour aboutir au résultat qu’il souhaite ?

Pensez-vous un seul instant que votre vote puisse un jour aboutir à faire élire la personne que vous désirez ?

Pensez-vous vraiment que ces élections reflètent la volonté du peuple ?

Ne pensez-vous pas que chaque parti à gauche s’oppose forcément aux autres dans la course à la présidentielle jouant ainsi la fracturation à gauche ?

Pensez-vous raisonnablement que JLM peut être au second tour ?

Pensez-vous vraiment que voter la peste pour éviter le choléra ne soit pas une tactique de la droite pour faire élire son poulain (ou sa pouliche) ?

Ne pensez-vous pas que ce jeu de vote tous les 5 ans auquel vous vous prêtez est un bon moyen de faire croire à la population que la démocratie existe encore bel et bien, puisque vote il y a ?

Ne pensez-vous pas que le boycott constituant est un moyen beaucoup plus efficace de rassembler la gauche que n’importe quel candidat qui ressortirait d’une primaire au milieu des grincements de dents ?

Ne pensez-vous pas qu’un élu qui ne recueillerait pas 50% de voix des votants est forcément illégitime ? Et si oui, alors ne pensez-vous pas qu’on pourrait le dénoncer en faisant savoir à l’avance qu’on s’opposerait à une telle situation ?

En cas de passage en force sans majorité, alors le gouvernement pourrait-il encore se revendiquer de la majorité et le peuple n’aurait-il pas une légitime envie de se révolter ?

Ne pensez-vous pas que la population se méfie de plus en plus des partis, rejette les institutions et se sentirait plus en empathie avec une force qui ne soit pas représentée par un grand chef (Gilets Jaunes), qui serait uniquement formé d’une multitude, formé d’individus tous uniquement regroupés derrière la seule volonté d’une constituante ?

Vous avez 8 heures.

Bonne nuit quand même


Pascal LE BRUN

Lyon

 Depuis des années, l’abstention augmente et devient même majoritaire pour les scrutins intermédiaires. Nous verrons ce qu’il en sera en 2022.

 Si cela ne correspond pas vraiment à un boycott, car il n’y a pas volonté de manifester une opinion construite, je trouve qu’il y a là une « mise en retrait » des citoyen.ne.s qui s’y apparente fort.

 Comme si était exercé un « droit de retrait » face aux mensonges et dysfonctionnements des institutions de la 5e république, sans toutefois qu’une solution n’apparaisse clairement dans les candidatures et programmes proposés (nous savons que ce n’est pas le cas, mais cela ne parle plus aux personnes qui n’écoutent plus ni ne lisent les propositions politiques).

 C’est pourquoi il me semble que dans la période qui s’ouvre, notre tâche pourrait être d’aider les mouvements unitaires récents ( la Primaire Populaire avec toutes ses limites, mais aussi 2022 vraiment en commun, et la vague constituante ) à se structurer durablement en un « mouvement constituant », qui viserait en partant de tous les territoires possibles, à préparer un changement d’institutions, en commençant par amorcer cette démarche lors des législatives de 2022.

 Il s’agirait de se passer de l’étape prise de pouvoir dans le cadre de la 5e suite à des élections gagnantes aux présidentielles et législatives de 2022 ou 2027, telle que c’est prévu dans le programme de LFI, avant de préparer une constituante deux ans après la prise de pouvoir.

 Après tout, il est très rare qu’un changement de constitution se passe dans le cadre de la constitution précédente, à froid. 

 Il y a suffisamment de contradiction entre les actes posés par les différents gouvernements précédents sous Mitterrand à partir de 1983, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron ( pour ne pas remonter plus haut )  et l’intérêt général pour que l’idée d’un changement d’institutions joint à un programme répondant aux exigences sociales, écologiques et démocratiques fasse son chemin dans la population.

 Je suis en train de proposer cela à quelques jeunes animateurs de bonne foi de la primaire populaire de Lyon, qui vont avoir la gueule de bois le 30 janvier au soir, et qui cherchent un chemin pour ne pas perdre la dynamique qui les a mus jusqu’ici.

A bientôt,

amitiés unitaires


André PACCO

Auxerre

J’aurais pu être POUR le boycott de la Présidentielle. 

J’aurais pu… si on en avait discuté, il y a un an ou deux…

Ou bien si on en discutait dans un an, pour la prochaine.

Histoire de bien travailler, de prendre son temps, avec toute la pédagogie dont nous sommes parfois capables, de convaincre, de montrer tout ce qui est anti-démocratique, dangereux dans cette désignation d’un homme seul (plutôt qu’une femme, en plus) qui décidera de tout pour tout un peuple, dans le pays… et dans le monde.

Je ne nie pas l’intérêt d’une telle proposition même venant d’un nombre réduit de personnes (un nombre qui tend à grossir cependant) car suivre le mainstream n’est pas vraiment ma tasse de thé. C’est bien pour cela que, oui, nous aurions peut-être dû.

 Mais, aujourd’hui, où en sommes-nous? Certains de nos amis sont dans les starting-block depuis plus d’un an. A se demander s’ils n’y étaient pas dès le soir du premier tour des Présidentielles de 2017. Et d’autres, aussi, sont sur la ligne de départ, tous aussi irremplaçables les uns que les autres… Et chacun se réfugie derrière son “auto-légitimité”… pour que les autres se rangent, eux, derrière son drapeau.

Mais ceci est une autre histoire. J’y reviens plus loin.

 Alors boycotter la Présidentielle?

Moi, le Macronisme m’empêche de respirer, de manifester, limite mes capacités de lutte pour les migrants, pour une retraite plus sereine (et plus combative), pour un environnement libéré de la dictature du fric… Et je vois que d’autres comme moi can’t breathe

Depuis 20 ans, les Chirac, Sarkozy, Holland, Macron m’empêchent de hûmer l’air des repas fraternels avec les copains venus d’au-delà des mers, ou celui des frites merguez à la fin des manifs. Ils m’empêchent d’aspirer à pleins poumons un air qui ne serait pas vicié, de me soigner, comme il le faudrait, les poumons et tout le reste… Ils empêchent mes petits-enfants d’imaginer pouvoir caresser, un jour, un ours blanc bien vivant…

Et ce n’est pas Macron 2, ni Pecresse, Zemmour ou Le Pen qui vont arranger ça.

Du coup, boycotter la Présidentielle? Ça me mènera à quoi? 

J’entends bien que l’abstentionnisme de ces derniers temps révèle, au moins en partie, une protestation contre cette farce de l’élection présidentielle, de ces élections qui ne font plus rire ou de ces “consultations” qui ne consultent rien du tout comme le référendum de 2005 “si c’est non, c’est oui quand même!” ou comme la consultation “citoyenne” décrochée par les Gilets jaunes. 

Mais le boycott de la Présidentielle de 2022 ne fera qu’augmenter le nombre d’électeurs de gauche qui ne s’exprimeront pas et, mécaniquement ne fera que donner plus de poids aux Macron 2, Pecresse, Zemmour et Le Pen.

Et je pourrai encore moins respirer. Et pareil pour les autres amis.

Alors, je préfère passer mon temps à ne pas le perdre. Il y a encore une chance pour que les égos ferment leur gueule, pour qu’un peu de raison envahisse nos salles de réunion ou nos visios…

Mais, bien sûr, si les chipotages, les coups bas, les manifestations d’égos, les aveuglements continuent de fracasser l’espoir à gauche… c’est sûr : je m’abstiendrai.

Je boycotterai les fantômes de la gauche.

Et tant pis pour mes rêves et ceux de mes petits-enfants.


Bruno DELLA SUDDA

Nice

et

Christophe LEMASSON

Saint-Brieuc

 Disons-le tout net : nous avons été sensibles à la tentation du boycott des élections présidentielles, lorsque celui-ci a été mis en avant par nos ami·es proches, avec qui nous partageons un engagement fort au sein du courant Autogestion et Emancipation d’Ensemble ! Et de fait la motion 1 de la dernière consultation d’Ensemble ! présentait de nombreux points qui ont notre total accord en particulier la proposition de faire découler les élections législatives « d’assemblées populaires locales liées aux différentes luttes et expressions d’aspirations démocratiques »

Si nous avons été sensibles à la proposition du boycott, c’est parce que la présidentialisation -et la personnalisation politicienne qui en découle, aux antipodes de notre conception de l’engagement citoyen comme un engagement d’abord collectif- nous est de plus en plus insupportable.

Bien entendu, cette présidentialisation et cette personnalisation ne sont pas nouvelles : elles sont l’un des éléments majeurs et constitutifs de la vie politique en France et découlent directement des institutions gaullistes de la constitution de la V°république.

Les conséquences en sont connues : dévitalisation de la vie parlementaire, asthénie du débat politique (un article du Monde se lamentait il y a peu du niveau du débat de la campagne pré-présidentielle et de l’absence des questions de santé publique dans cette campagne…), écart grandissant entre le « système politique » et la population, sentiment accentué d’une « monarchisation » du régime, confiscation de la politique par les appareils de partis devenus des coquilles vides alors que la politique devrait être l’affaire de toutes et de tous, abstention électorale de plus en plus massive.

Dans l’électorat populaire, le sentiment de trahison a été alimenté depuis le tournant de l’austérité en 1982 par les politiques publiques du PS, soumises au néo-libéralisme -avec la caution constante des Verts puis d’EELV et autrefois du PCF jusqu’en 1984, et au-delà sur le terrain parlementaire-.

A ce sentiment de trahison, s’ajoute un élément de confusion, déjà accentué autrefois par les épisodes de cohabitation, et surtout aggravé sous la présidence de Hollande.

En effet, sous le trio Hollande-Valls-Macron, les politiques d’austérité se doublent cette fois-ci d’attaques contre les droits et les libertés et de concessions majeures à l’offensive néo-fasciste de l’extrême-droite contre les migrant·es et sur le terrain du racisme en particulier islamophobe, sous couvert d’une soi-disant défense de la laïcité et de la république.

Ici, la laïcité outil d’émancipation devient une « laïcité falsifiée » (Jean Baubérot) et on a bien affaire à la république bourgeoise et en rien à une république sociale.

L’impression que les politiques publiques menées, si elles ne sont certes pas identiques, se ressemblent beaucoup, d’abord sur le plan socio-économique puis sur le terrain du rétrécissement des droits et des libertés et de la dérive sécuritaire sous pression de l’extrême-droite, aboutit à un sentiment de confusion généralisée.

La montée de l’individuation -qui n’est pas l’individualisme- est imbriquée à une défiance vis-à-vis de toutes les institutions et de toutes les représentations, plus forte en France qu’ailleurs.

Cette montée et cette défiance complètent le sentiment de trahison et la confusion.

Tous les ingrédients d’une crise de la représentation politique aggravée sont réunis en France, même s’il s’agit d’une crise présente dans toute l’Europe et dans d’autres régions du monde. Au passage, rappelons que « l’exception française » sur ce plan, c’est en réalité cette situation extravagante : une concentration des pouvoirs, un autoritarisme et une verticalité du pouvoir qui n’existent nulle part ailleurs à ce point en Europe et dans les régimes démocratiques d’autres régions du monde…

La politique néo-libérale de Macron destructrice de droits sociaux, marquée par la violence sociale et la violence répressive rencontre de nombreuses résistances ; le mouvement « colère » dans les EHPAD devance de quelques mois la formidable explosion des Gilets Jaunes. La mobilisation face à la contre-réforme des retraites, les mouvements « urgence climatique » portés , pendant toute une phase ascensionnelle, par la jeunesse et d’une certaine façon, et -malgré les ambiguïtés relevées dans nos rangs-, le mouvement de cet été contre le pass sanitaire -que nous ne confondons pas avec les anti-vax et autres complotistes- et les grèves générales qui ont touché les derniers confettis coloniaux de l’empire français : tous ces éléments sont le signe de la défiance accumulée contre les politiques et les paroles institutionnelles, le signe qu’ « en bas, on n’en veut plus ». Ces mouvements sociaux profonds-pas tous reconnus d’ailleurs par la gauche, y compris la gauche radicale- en opposition aux politiques néo-libérales et plus globalement à la façon dont se prennent les décisions -y compris sur le plan sanitaire- dessinent en creux un processus constituant qu’une expression politique de gauche alternative devrait chercher de façon appropriée à faire apparaître.

Du coup, dans ce contexte général et dans ce moment pré-électoral caricatural, vouloir dire stop, exprimer le refus de ce système et faire un pas de côté se comprend : la tentation du boycott est bien là.

Mais à la réflexion, trois remarques viennent à l’esprit :

  • Il y a une aspiration majoritaire à l’unité dans l’électorat de gauche, exprimée par les démarches unitaires contre la division suicidaire de la gauche et pour des candidatures unitaires aux élections de 2022, démarches même limitées et imparfaites, aux chances de réussite bien incertaines.
  • l’abstention massive est surtout le fait des milieux populaires, des jeunes, des femmes mais si elle concerne toutes les élections il y a une exception : le scrutin présidentiel .
  • la menace néo-fasciste d’une possible victoire de l’extrême-droite aux présidentielles se précise en même temps que la montée d’éléments de fascisation du climat politique.

Or, le boycott des élections présidentielles n’apporte aucune réponse à ces trois remarques.

Une telle option nie ou renvoie à l’accessoire les efforts unitaires à gauche, dont l’écho a pris une grande ampleur en quelques semaines.

Ensuite, l’option du boycott irait à contresens de la très probable mobilisation vers les urnes des milieux populaires, des jeunes, des femmes largement abstentionnistes… sauf à l’occasion du scrutin présidentiel.

Et enfin cette option n’est en rien une réponse à la menace néo-fasciste pourtant l’un des éléments structurants du paysage politique, cette menace nécessitant une riposte antifasciste de masse.

On peut ajouter à cela que si nous rejetons totalement les institutions de la V°république, nous ne les confondons pas avec la conquête des droits et des libertés, et notamment le droit de vote dont nous militons pour l’extension en tant que suffrage universel intégral, à toutes les élections pour les jeunes à partir de 16 ans et pour les résident·es étranger·es (l’exercice de la citoyenneté de résidence).

Or, le boycott, même s’il diffère de l’abstention, aura bien du mal à ne pas lui être confondu, ce qui pose aussi un problème de principe pour nous.

Enfin on ne peut, ce que sous-entend dangereusement de fait le boycott, mettre sur le même plan toutes les candidatures, renvoyer dos à dos par exemple Poutou et Zemmour, les partisans d’une VIème République et celles et ceux dont les candidatures confortent la Vème République bonapartiste.

Dans d’autres régions du monde et dans l’histoire y compris récente, des mobilisations pour le boycott d’un scrutin peuvent avoir tout leur sens lorsque les conditions démocratiques d’un scrutin n’existent pas.

Peut-on considérer qu’en France nous en sommes-là ?

Nous ne le pensons pas, même s’il y aurait beaucoup à dire sur les multiples problèmes posés par les obstacles mis à telle ou telle candidature.

Voilà pourquoi l’option du boycott du scrutin présidentiel, même si elle est tentante, serait pour nous une impasse.

Cela ne nous empêche pas de souhaiter que cette option, à laquelle nous ne sommes donc pas favorables, figure parmi les options à débattre lors de la prochaine consultation pour arrêter la position d’Ensemble ! pour le scrutin présidentiel de 2022.

Janvier 2022

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