Editorial

Derrière la COVID, une autre bête immonde ?

Sous couvre-feu, coupés des leurs, les senior.e.s s’étiolent. Isolés, appauvris, des jeunes enflent les queues des distributions alimentaires. Chacun.e peut citer un mort dont il n’a pu faire dignement le deuil. Drôle d’époque !

Il est d’autres deuils que d’état d’urgence en urgence sanitaire, de conseil de défense en mesures provisoires qui durent, on pourrait déplorer. Sans nier la nécessité de mesures sanitaires contraignantes, ni succomber à un quelconque complotisme, force est de s’alarmer d’une sorte de processus rampant de fascisation.

La façon dont le pouvoir gère cette pandémie ne s’embarrasse même pas du respect du fonctionnement de ses institutions, entre négation des droits du Parlement et injonctions aux collectivités locales. N’est-ce pas à une série de glissements auxquels nous assistons insidieusement ces derniers mois ? Les droits et libertés individuels et collectifs sont continuellement rognés : droit de manifester, libre circulation, protection pénale des mineurs, droits des étrangers… La déferlante néolibérale n’entend la société que comme juxtaposition d’individus, livrés à leur propre mérite, concurrençant leur voisin, chacun.e projetant sa vie entre le bout de son nez et son nombril, et non par les mains tendues … Cette individualisation s’appuie sur une précarisation croissante, anxiogène, qui affaiblit les plus « faibles » et verticalise l’ensemble des rapports sociaux. Les replis nationalistes, familialistes, hygiénistes sont promus comme alternance à l’État providence. Si les douaniers arrêtaient les virus, cela se saurait ! Mais la crise de la mondialisation et de l’idée européenne nourrit des nationalismes qu’on croyait d’un autre temps. Le révisionnisme historique à l’œuvre en Pologne et en Hongrie, le Brexit, la montée d’abjections racistes de toutes sortes en rajoutent une couche. C’est en famille, cellule de base de la société, etc. etc. qu’on peut passer Noël, «papy-mamy » restant à la cuisine : c’est pourtant dans cet enclos que féminicides et maltraitances se métastasent !!!

Dans ce maelström, la fermeture des lieux culturels peut difficilement être comprise autrement que comme une autre forme d’emprise idéologique.

Ce processus vient de loin : revanche sur Mai68, inquiétude devant les mouvements populaires récents. Devant les choix radicaux que ces derniers appellent, le PS glisse sur la même pente ! Hidalgo demande à EELV et au PC de sa majorité de prouver leur attachement aux « valeurs de la République » visant leur refus des amalgames racistes et elle annonce que désormais la politique se fera au centre (sic) convergeant avec les déclarations du même PS lequel prône de rompre avec « l’héritage de Mitterrand ».

Mais bien des réactions collectives, des manifestations -malgré tout- revendiquent un autre choix de libertés et de vivre ensemble. La bête immonde n’a pas gagné la partie.

Souhaitons qu’en cette année 2021 le meilleur des mobilisations citoyennes, des Gilets jaunes et Nuit Debout aux communalistes, puisse conforter les alternatives « déjà là », ouvrir de nouveaux communs dans le chant des possibles.

Le noyau de Cerises

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