Les nouveaux défis de Cerises

Notre fabrique coopératrice de dossiers

Les besoins de mon grutier et de ma femme de ménage

Merci Patrick (voir contribution) d’avoir déposé là des mots qui vont me servir, que je reprends… Pour tenter d’aller plus loin?

J’entends bien que le problème n’est pas simple. Mais il est d’autant moins simple qu’on y a mis des règles et des mots pas simples et que, en plus, systématiquement, on évoque les difficultés à venir pour décourager d’exprimer ce que Patrick appelle “une réponse concrète et immédiate à un besoin”, avant même que le besoin en question ait pu se conscientiser.
Un besoin? Des besoins? Pour moi, ces besoins (“concrets et immédiats”) sont bien l’élément ou plutôt devraient être l’élément premier et décisif de l’exercice proposé avec ce défi.
Or, cela fait belle lurette (hommage discret à la fiancée de Gai Luron) que la “cérémonie” du budget a quitté les préoccupations “concrètes et immédiates” des gens ordinaires. Ça se passe là-haut, où il n’y a pas grand chose à voir. Circulez! On y parle “priorités” (nécessaires) choix budgétaires (compréhensibles) et… le pognon (tellement dingue qu’on a des difficultés à en trouver). Je ne vous parle pas des montagnes de chiffres qu’on se balance à travers la gueule, avec des mots qui ne font pas vraiment partie de notre quotidien : millions, milliards. Vingt millions d’euros, vingt milliards d’euros … ça veut dire quoi tous ces zéros pour ceux qui peinent à gagner un peu plus de mille euros chaque mois (4 chiffres seulement)?… Ah! si, ce sont des chiffres de mon quotidien : les chiffres alléchants et d’un autre monde qui s’affichent sur la devanture du tabac de mon quartier au cas où il me prendrait la fantaisie de… jouer à ce petit jeu là (de jouer?).
Mais, est-ce que l’exigence d’avoir un professeur dans chacune des disciplines du collège de son fils, ce serait un “vœu pieux” pour la femme de ménage de du bâtiment B? Est-ce que le “s’il vous plait, une infirmière?” du grutier accidenté et hospitalisé, c’est une “incantation”?
Certainement pas! Ce sont des besoins concrets. Et ceux qui sont les plus aptes à déterminer ces besoins, ce ne sont pas les ministres ni même les parlementaires, ni les sachants de tous poils, qui, avant même de les nommer, peuvent les ressentir.
Bon, d’accord. À partir de cette tirade dont on pourrait dire qu’elle frise la démagogie, le questionnement insiste, basique : “comment-qu’on-fait?”
On parle souvent dans Cerises des difficultés qu’il y a à passer de l’action quotidienne et locale à l’action politique. Mais est-ce qu’on n’y est pas, là : le prof dans toutes les classes, l’infirmière pour chaque patient ? C’est bien là? C’est bien du budget? Concret. Et cela peut s’exprimer dans la rue, avant même que le Premier ministre n’ouvre la bouche.
Gageons qu’à la rentrée de septembre, dans le 9-3 ou ailleurs, hélas, il y aura des classes sans prof et des infirmières à courir d’une sonnette à une autre dans les couloirs de l’hôpital. Et espérons que ma femme de ménage et mon grutier pourront ainsi toucher du doigt ce que peux signifier “écrire un budget”. Il y a, avec la mère d’élève, et les autres parents d’élèves, les enseignants, les élèves eux-mêmes; il y a avec le grutier et sa famille, ses collègues du chantier, les infirmières en nombre insuffisants, les toubibs et les autres patients… Et tous ces gens-là portent en eux toute la légitimité du peuple. Au moins autant que tout autre “représentant”.
Et si notre boulot essentiel était, ici, justement, de pointer ces opportunités à partir des “je” et du local?…
Je note, bien sûr que c’est assez souvent ce qui se fait, ce qu’on écrit dans Cerises.
Mais pourquoi là, au moment où l’on parle du budget, on oublierait ça ? Que ce sont nos besoins qui devraient déterminer notre budget. Ça devrait être l’essentiel.
Plutôt que de dire encore ce que d’autres de nos amis (dans d’autres médias) disent très bien.
Oui, le budget dans la rue, à l’école, à l’hôpital, dans les transports, dans les cités HLM, au théâtre, dans les musées, chez les pompiers de Gironde ou des Landes ou du Var, qu’ils soient salariés, bénévoles ou qu’ils soient agriculteurs aidants, etc… (Que les etc… me pardonnent de ne pas les citer; ils sont trop nombreux).

Démagogie? Naïveté? Bien sûr, je n’ai pas le bouton sur lequel il suffirait d’appuyer.
Fraternellement
Pacco

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Cerises - Les nouveaux défis

Les éléments de la rubrique Les nouveaux défis permettent la construction des dossiers de la rubrique Horizons d’émancipation du journal mensuel.

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