Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Thibault

30 ans. Il a toujours vécu avec ses parents et ses deux frères à Le Pin, petite ville de Seine et Marne de 1500 habitants. Après des études de droit, puis d’histoire, il a été trois ans enseignant contractuel en collège. Il aspire à devenir titulaire en passant le CAPES. Il s’est investi très vite localement dans une vie politique assez typique de ce type de territoire.

Lors des municipales de 2014, il figure avec d’autres candidats de gauche sur une liste de droite, avant de se retirer devant l’omnipotence de la tête de liste. Après invalidation, il se remobilise avec la même liste, portant la mise en place, dès la campagne, de conseils participatifs définissant avec les habitants les besoins prioritaires à la base du nouveau programme. Elu, il a la délégation de la communication et des transports. Il met en place la gazette semestrielle et le bulletin trimestriel d’information, et participe activement à la mise en place du nouveau schéma du réseau du bassin de Chelles, obtenant un arrêt de la ligne Seine et Marne Expresse, qui met la commune en liaison directe avec l’aéroport de Roissy et les gares de Chelles (RER E) et de Torcy (RER A). Mais l’autoritarisme de la maire mène dès 2016 à la démission d’une partie de sa majorité et de toute l’opposition, provoquant de nouvelles élections. Elles sont emportées par l’ancien maire, ex-PC, ex-Chevènementiste, présentant une liste sans étiquette et reconduite en 2020 en tant que liste unique avec moins de 30% des inscrits mais 100% des votes exprimés.

Pour Thibault, de telles élections sont une mascarade qui vide le sens de la démocratie. En 2026, il participe activement à la formation d’une liste regroupant diverses sensibilités de droite et de gauche et exigeant avant tout une maîtrise citoyenne des orientations et décisions. Mais elle est battue par la liste sortante, soutenue par toute la droite du département lors d’une campagne haineuse d’une grande violence stigmatisant le danger d’islamisme (une candidate a un patronyme d’origine arabe), d’insécurité (trop de jeunes sur la liste), du bolchevisme (figure sur la liste la compagne non encartée d’un député LFI) ! Thibault dit avoir toujours apprécié d’être au sein de collectifs enrichissant et dynamisant une activité quelle qu’elle soit, festive, associative, syndicale, politique… et médiatique (il a dirigé la Radio des Etudiants du Campus des Champs) à condition de conserver la maîtrise individuelle et collective.

Il adhère à l’Unef lors de ses études de droit à Paris, et contribue à monter l’Unef quand il arrive à l’Université G. Eiffel. Menant une lutte contre l’interdiction illégale faite aux étudiants de payer les repas en cash, il ne reçoit aucune aide de la structure nationale, qui n’hésite pas à l’appeler quand elle a besoin d’un coup de main. Ce mépris pour l’initiative de base prise par les étudiants eux-mêmes marque sa rupture syndicale. Puis il adhère à LFI, menant activement localement ses différentes campagnes nationales présidentielles et surtout législatives, où il s’enthousiasme pour les dynamiques unitaires (NUPES puis NFP), riches en rencontres, échanges et élans confraternels comme à la Fête de l’Humanité qu’il ne rate pas.

Thibault dit avoir très tôt ressenti ses conditions de vie plutôt avantageuses (logement et alimentation, déplacements et voyages, santé et loisirs…) comme des privilèges par rapport à des amis, à bien d’autres étudiants et certains de ses élèves. Il en a développé un rejet épidermique des inégalités et injustices, y compris quand, partant de principes forts qu’il partage, une certaine écologie inconsciente de la lutte des classes devient punitive. S’il regrette que LFI ne soit pas bien davantage sur une position de rupture avec le capitalisme, et si le manque de démocratie interne au mouvement lui semble très préjudiciable tant maintenant que dans la durée, il estime qu’elle est le mouvement qui travaille le plus et dispose du programme le plus complet. Il a apprécié le débat de Cerises auquel il a assisté, mais estime que la densité et le tempo des échanges ne rendent pas facile  de pouvoir y intervenir.

Propos recueillis par Makan Rafatdjou

Cet article fait partie du dossier :

Horizons d'émancipation

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