Nous nous représentons souvent la mondialisation comme un obstacle aux changements démocratiques. C’est effectivement une difficulté à la fois du fait de l’interdépendance des économies et du poids que peuvent avoir les coalitions réactionnaires. Mais ce regard n’est-il pas un peu unilatéral ?
Les dernières décennies nous ont fait vivre des mouvements qui traversaient les frontières : Nuits Debout ; Indignés ; il y a eu des Gilets Jaunes à Athènes, les agriculteurs français ont été suivis de près par leurs homologues allemands, puis espagnols et néerlandais. En Suisse après un référendum victorieux sur le montant des retraites, commentaire de Suisses : « les français n’ont pas gagné sur les retraites, mais ils nous ont préparé le terrain ». Quant au mouvement féministe, il a démarré avec de multiples approches mais on l’écrit au singulier tant il est mondialisé. Etranges coïncidences que tant de causes émergent dans tant de pays ? Ou s’agit-il d’autre chose qui mériterait qu’on s’y arrête ?
Dépassons le constat pour rechercher plus profondément les causes. Eh bien justement, elles sont liées à la mondialisation. Car si mondialisation capitaliste il y a, les problèmes engendrés par ce capitalisme sont aussi mondialisés.
L’évolution des sociétés, du travail, de la production des biens et des services recourt comme jamais au tréfond des personnalités des individu/es et génère une contradiction avec tout système de domination et d’exploitation. Et ce, sous toutes les latitudes et quel que soit le niveau d’industrialisation. Ce n’est pas une question de pays mais d’époque. Demander à la main d’œuvre à la fois de prendre des initiatives et de se soumettre est difficilement compatible. En Iran, en Palestine, en France, en Espagne, aux USA… partout la question de la reconnaissance de la personne et de la démocratie est posée. De manières parfois différentes suivant les cultures ou les conditions politiques mais fondamentalement c’est la même vague de fond. Dans bien des pays on rend Trump, Israel et le gouvernement Iranien responsables des dangers actuels. Y compris aux USA.
Pourquoi n’exploite-t-on pas cette réalité ? Peut-être sommes-nous habitué/es à une sorte de victimisation et restons enfermé/es dans le cadre national habituel comme seul possible. Comme si toute idée de mondialisation était pour le mouvement populaire synonyme d’inaccessibilité. Des syndicats pourtant participent à des instances internationales mais ils le font sur les schémas anciens de leurs relations internationales. Mais est-on sûr qu’il n’y aurait pas de convergences possibles lors de combats en faveur des retraites, pour la défense de l’emploi ou pour poser la question de qui doit pouvoir décider, ou encore contre la soi-disant dette ou la guerre ? Des convergences (au sens de dénominateur commun) qui donneraient aux mouvements leurs caractères transnationaux ? N’est-ce pas déjà, une caractéristique du féminisme et de l’écologie ? N’est-il pas temps de mettre les mouvements face à ce qu’ils ont en commun au-delà de leurs frontières ? Il y a déjà ce que permettent les réseaux sociaux et ne peuvent-ils pas dépasser le stade de l’information pour commencer à se parler de simultanéité des solutions ? Cliqueurs/ses de tout pays agissez de concert.
N’est-ce pas pour tenter d’anticiper sur ce formidable risque pour elles que les forces du capital aiguisent la guerre ? Mais ce faisant, elles exacerbent les contradictions et les colères.
Pierre Zarka



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