Notes d'actu.

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Iran : sacrifices d’un peuple otage géopolitique

En 1979 une révolution profondément populaire a renversé en quelques mois le plus puissant allié des USA hors d’Europe. Depuis le coup d’Etat du CIA renversant en 1953 le premier ministre Mossadegh ayant osé nationaliser le pétrole, le Shah avait instauré un régime dictatorial féroce, signé un accord permettant aux américains d’utiliser la bombe nucléaire sur le sol iranien en cas d’attaque soviétique, et soumis le pays, sous couvert de modernisation, à une occidentalisation forcée source de destructurations sociales et culturelles. Son délire des grandeurs à se couronner « Roi des Rois » et se déclarer messager des imams chiites, a déroulé un tapis pour les religieux ! Une position laïque emprisonnée, torturée, assassinée, exilée et décimée, mais prête pour la plupart à former un gouvernement d’union nationale, et la faiblesse des groupes d’extrême gauche bien que jouissant d’une grande aura pour leur résistance héroïque, a permis à l’intransigeance de Khomeiny, et à la popularité de son refus d’alignement tant à l’ouest qu’à l’est, d’incarner la révolte et confisquer la révolution. La guerre imposée par l’Irak, avec l’aide d’anciens généraux du Shah, et de toute la communauté internationale, soviétiques compris, visant à couper l’Iran de son pétrole pour instaurer un gouvernement fantôme dont la reconnaissance devait sonner la fin de la révolution, a soudé tout un pays meurtri par huit ans d’enfer et plus d’un million de morts. Depuis l’Iran a connu de plus en plus de révoltes rapprochées, intenses et réprimées : 1999 pour la liberté de la presse, 2009 contre le vol des élections, 2017 contre le chômage et le coût de la vie, 2019 contre la hausse de l’essence, 2021 contre l’extrême sécheresse, 2022 pour Femme, Vie, Liberté. A chaque fois le nombre des victimes blessées et tuées, emprisonnées et exécutées n’a cessé d’augmenter.

La situation de l’Iran au Moyen-Orient en fait une charnière géostratégique, dont le régime joue en se fermant et bombant le torse contre les pays de la région, en s’ouvrant sur l’Occident, signant l’accord sur le nucléaire et aidant à contenir les Talibans ou combattre l’Etat islamique, ou en s’alliant avec Moscou et Pékin quand il est rejeté. Le rejet par Trump 1 de ces accords n’avait d’autres buts que de bouter hors d’Iran toutes les entreprises non-américaines qui s’y étaient implantées (Airbus, Total, Bouygues, Eiffage, Vinci, Renault, Peugeot, Siemens, Whirlpool, Samsung…). Le malheur d’Iran c’est d’avoir la deuxième réserve de gaz et la troisième réserve de pétrole au monde, et, accessoirement de l’uranium enrichie on ne sait plus trop où !!! Encore aujourd’hui Trump vise avant tout de couper, après le Vénézuela, l’approvisionnement du pétrole iranien pas cher à la Chine, et d’ouvrir le marché iranien aux entreprises américaines. Le fils du Shah, sans légitimité ni crédibilité aucune et assoiffé de vengeance contre un peuple ayant osé renverser son père n’est qu’une piètre marionnette jetable. Et même la sécurité d’Israël est pour lui secondaire. Seule compte peut-être la crainte d’embrasement de tous les pays de la région!

Mais les principaux noeuds gordiens du régime sont internes ! La déroute de l’ensemble de ses proxys (Hamas, Hezbollah, Assad, Houthis) et la guerre des 12 jours en juin ont démontré que les milliards de dollars consacrés à l’armement plutôt qu’au développement du pays, n’ont servis qu’à faire des Pasdarans un complexe militaro-industriel incapable de défendre le pays, mais un empire financier contrôlant l’économie et les politiques dans un pays vérolé par la corruption! Le régime n’a manifestement aucune solution à la somme des colères d’un peuple en détresse : l’inflation et les inégalités explosent et coupent une majorité croissante de l’accès à l’alimentation et aux soins, des couches moyennes s’appauvrissent sans cesse, l’immense majorité d’une population extrêmement jeune et éduquée a soif de libertés, et la sécheresse extrême prive les gens d’eau et d’électricité au quotidien… Le massacre féroce, unique dans les annales de l’histoire contemporaine du pays, dont le nombre de victimes se comptera en plusieurs dizaines de milliers, et qui laissera une trace haineuse dans le coeur de tous les iraniens, est l’oeuvre d’un régime aux abois qui a peur. Mais le pire, est qu’en l’état actuel d’absence d’alternatives, les signes les plus manifestes sont celles d’impasses qui ne peuvent que conduire à un recommencement des mêmes cauchemars.

Ali Golzar

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