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Les anges de l’histoire, Images des temps inquiets

Poursuivant une œuvre aussi vaste et engagée que singulière articulant philosophie et politique à l’esthétique et l’iconologie, l’auteur s’interroge sur comment penser de manière fertile dans des temps aussi inquiets qu’inquiétants ? La tradition judéo-chrétienne occidentale a longtemps lié le dogme eschatologique de la fin des temps à une notion glorifiée du pouvoir politique. Puis dans les temps modernes, la conscience historique de « l’ici-bas » est venue contester la transcendance de « là-haut». Mais, en l’absence de dépassements libérateurs, le poids des crises immanentes nous atteignent et nous accablent directement. Pesant davantage elles peuvent créer un désœuvrement et nous mystifier en ossifiant le présent et obérant l’avenir par la nostalgie d’un avant idéalisé. Partant d’un texte fameux de W. Benjamin (Sur le concept d’histoire) sur une aquarelle de P. Klee (l’Angelus Novus), mais ouvrant sur un panel d’autres auteurs et d’image bien plus large, il poursuit ici une réflexion commencée il y a plus de quinze ans sur « la survivance » de ce que P.P. Pasolini appelait « des lucioles». C’est-à-dire ces déjà-là, parfois minuscules, mais dont les éclats, même éphémères et de faible intensité, brillent dans les ténèbres ambiants, nous enthousiasment et ouvrent nos imaginaires. Elles peuvent alors faire naître les étincelles de pensées capables de forger les motifs d’une « espérance sans optimisme » comme dit le philosophe T. Eagleton, afin que l’optimisme de la volonté accompagne comme son ombre le pessimisme de la raison (Gramsci) pour remettre en route les moteurs de l’histoire que nous sommes.

Makan Rafatdjou

Les anges de l’histoire, Images des temps inquiets, Georges Didi-Huberman, Les Editions de Minuit, 2025, 323 p., 22 €  

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