La réduction du budget de la Culture prévue pour 2026 met à mal la création artistique, l’accès des jeunes à la Culture (éducation artistique et Pass-culture) et menace toute l’économie et les salarié-es de ce secteur. Difficile alors pour les responsables culturel.e.s de ne pas se tourner vers des offres plus « commerciales » pour boucler les budgets. La Culture, véritable variable d’ajustement des déficits publiques de l’État n’est-elle fragilisée que pour ces raisons ? Faut-il rappeler combien l’émancipation pour « penser par soi-même avec les autres », la construction de soi et du commun sont des leviers d’accompagnement du changement.
Au niveau européen et mondial, les menaces de ceux qui souhaitent diviser la société, l’influence prépondérante des médias contrôlés par quelques grandes fortunes, une crise sociale, environnementale et démocratique sont autant de raisons de réinterroger le rôle de l’action culturelle comme vecteur d’émancipation et d’un enrichissement de notre façon d’être au monde.
La Culture, secteur marchand et marchandisable, constitue une manne financière mais aussi un champ à contenir. Pour exister, l’ultra libéralisme construit les inégalités, les discriminations, les segmentations. Et pour étouffer l’espoir et rendre toute idée de transformation impossible, la domination symbolique du côté des classes dominantes suppose de se libérer de toute résistance démocratique. La Culture dans ce qu’elle a de transgressif et qui nomme ce qui est à l’œuvre, en fait partie.
L’extrême-droite et la droite ultra libérale ne s’y trompent pas. Elles tentent d’infiltrer le champ culturel. Il en va du projet de roman national de Wauquiez, heureusement en redressement judiciaire ! ou de celui du milliardaire d’extrême-droite Stérin, exaltant le mythe de l’origine « d’une France éternelle, immuable, catholique ». Leurs récits favorables au pouvoir oligarchique, économique et politique imposent un imaginaire normé : l’inéluctabilité d’une société inégalitaire, d’une compétition et d’une concurrence généralisées définissant l’humanité. La politique devient une guerre culturelle.
Au cœur de la Culture, il y a la création, la fabrique des idées où se nouent les rencontres avec les artistes, les œuvres et notre rapport sensible au monde. Le spectacle vivant, la danse, le cirque, le théâtre, la musique, les arts visuels, les livres… les langages artistiques éclairent nos récits sociaux, féministes, écologiques, technologiques. « Les cultures doivent conspirer ensemble » dit Souleymane Bachir Diagne. Pour faire humanité, nous avons besoin de savoir que d’autres chemins sont possibles pour déconstruire les racismes, les colonialismes, les nouvelles barbaries. Parce que nommer c’est déjà résister.
La bataille culturelle se joue sur les budgets alloués et autour des coopérations culturelles maillant les territoires entre eux, dans l’indépendance de la création et le dialogue avec les populations et les cultures.
Décoloniser les imaginaires captés par les pouvoirs de domination, se donner de nouveaux récits, une contre-fiction où l’espoir est possible, résister à la peur, la méfiance, à tout ce qui peut affaiblir les liens sociaux, sont des défis démocratiques. Avec la re-symbolisation du monde, se construisent de nouvelles grilles de lecture et un bout de notre pouvoir d’agir. La culture ne fera pas tout, mais sans elle on ne fera rien !
Jacqueline Madrennes-RCGA-38
Affiche
Sous les fleurs de Thomas Lebrun
Documentaire chorégraphique qui explore la féminité masculine. « Les Muxes » communauté non genré du sud du Mexique


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