Une chose est le grand affaiblissement du droit international et la fin du multilatéralisme, même si l’assemblée générale de l’ONU a enregistré la reconnaissance de l’État de Palestine par une dizaine de pays. Cette reconnaissance a quand-même 70 ans de retard et ne règle rien du génocide perpétré à Gaza. Autre chose sont les mobilisations qui soutiennent la Palestine à travers le monde.
En Grande-Bretagne, des manifestations massives s’expriment depuis octobre 2023. La question palestinienne est un des grands sujets d’actualité, y compris dans les rangs travaillistes. Aux USA même, le soutien à la cause palestinienne affronte un « lobby » sioniste puissant, divisant universités (où la gauche est très présente), syndicats et milieux culturels.
L’Espagne a montré la force de son soutien encore récemment. L’arrêt de la Vuelta (Tour d’Espagne), obligeant à déplacer son podium final pour cause de manifestation de soutien à la Palestine et de dénonciation du génocide dans les derniers kilomètres a fait la Une. Le soutien du premier ministre Sanchez a été remarqué. Il s’ajoute à la mobilisation des catalan·e·s pour le départ d’une flottille pour Gaza et plusieurs mobilisations ouvrières, à l’instar des dockers génois. Sans doute l’engagement du gouvernement espagnol est-il l’un des plus notables et des plus soutenus. La profondeur du soutien dans la population n’y est sans doute pas pour rien ! De longue date les peuples d’Espagne ont montré leur mobilisation pour la cause palestinienne. Ainsi à Barcelone, comme dans d’autres villes, drapeaux palestiniens et inscriptions ont fleuri les rues.
Du côté du Moyen-Orient, la situation est plus contrastée et ce depuis longtemps.
Les régimes arabes sont bien trop préoccupés de leur pouvoir, plus ou moins légitime, pour « affronter » la question. Ils ont depuis des lustres choisi les affaires et les accords avec les USA, Iran et Pakistan exceptés, limitant dès lors leur marge de manœuvre politico-militaire. Quant à la solidarité des dominants, arabes ou yankees, elle se vérifie ici. L’équipe du Qatar côtoie sans souci celle d’Israël dans les courses cyclistes…
La Nakba, depuis 1948, a produit une série de contradictions régionales que la faiblesse d’un mouvement progressiste d’émancipation populaire ne permet pas de dépasser. Au Liban, la concurrence des palestinien·ne·s avec les libanais reste un souci, aggravé depuis l’été 1982. Les incursions de l’armée israélienne ne sont pas vécues par tout le monde comme des exactions brisant la souveraineté du Liban. L’Égypte a une peur avérée de voir arriver un ou deux millions de palestinien·ne·s exilé·e·s de Gaza.
La proposition américano-israélienne de déporter le peuple palestinien n’a pas reçu un grand soutien, et même l’hypothèse soudanaise ne rencontre pas un grand enthousiasme.
Si Trump est sans doute un peu piégé par Netanyahou, ce duo infernal n’en demeure pas moins un protagoniste fasciste considérant les « bédouins » de Palestine comme des non-êtres.
Le recours à de nombreuses immigrations (indienne, asiatique, africaine …) taillables et expulsables à merci est utilisé comme un élément de division sur lequel jouent les pouvoirs en place. Les pratiques autoritaires en vigueur n’aident pas à une mobilisation progressiste. La radicalisation d’Israël provoquera-t-elle une dynamique nouvelle ? Un renforcement des mobilisations de soutien en Europe, en Amériques, ou en Afrique (du Sud, au Maroc ou en Algérie) fera-t-elle évoluer ce rapport de forces ? Espérons-le. Et saluons les flottilles pour Gaza, les refus de charger des armes pour Israël et autres signes concrets. C’est juste un honneur d’humanité qui se joue en/pour la Palestine.
Patrick Vassallo


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