A plusieurs reprises, nous avons interrogé la notion de mouvement social ; elle implique implicitement la déconnexion d’avec les enjeux politiques. Mais aujourd’hui quelle est la nature fondamentale des mouvements actuels ?
Lorsque les femmes réclament une égalité salariale ce n’est pas qu’un mouvement social, c’est une exigence existentielle qui interroge les fondements de la société. Et les migrants ? Et les chômeurs ? Autant de pans entiers de la société qui remettent en cause les fondements de cette dernière. Idem à propos du mouvement sur les retraites. Dans une lutte comme celle de la retraite s’agit-il d’un conflit entre forces opposées ou entre conceptions de la société opposées ?
Dès lors ce sont autant de mouvements qui touchent à l’édifice de la société, bouscule ses structures ce qui est une définition de la politique.
On voit alors combien la distinction social/politique est une amputation réduisant le mouvement populaire aux récriminations et laissant la construction des réponses aux élites chargées de penser et de décider à notre place et nous à obéir ou protester.
Il y a donc une double frontière à oser franchir : dans le même temps passer de la protestation à l’élaboration d’objectifs transformateurs et s’auto considérer comme force décisive pour faire passer chacun de ses objectifs dans la réalité et dans la loi sans se mettre en situation d’attente à l’égard des formations politiques.
Cela permet de faire d’une action un levier pour ouvrir sur un dépassement des logiques qui le précèdent. Elle n’est pas simplement une action en soi. Si l’on en prend conscience, elle inaugure un enchaînement de faits qui remet en cause la normalité des interprétations traditionnelles jusque-là acceptées comme étant la normalité. Alors que la politique comme fait de s’en remettre « aux corps intermédiaires – les partis -est vécue comme reproduction de ce qui a provoqué la mobilisation.
Donc pour nous, il n’y a de politique qu’en supprimant de nos désirs tout intermédiaire ou médiation institutionnelle. D’où la quête d’éléments de rupture avec la normalité qui a provoqué ces mouvements. C’est ce qui doit définir pour nous le mot « politique ».
La politique devient immanente aux mouvements en cours. Elle devient une action indépendante de toute médiation action de dépassement faite pour être elle-même dépassée. Il ne s’agit pas de rêve mais d’oser explorer l’inconnu et d’inventer.
Occuper la rue ou un lieu : pour protester ou en faire un lieu de pouvoir ? Ce n’est pas le même agir. Attention le mot pouvoir est d’abord un verbe : Pouvoir transformer maintenant. Vu ainsi un mouvement devient la condensation de mobilisations diverses.
De ce point de vue, les mouvements peuvent devenir nature de ce que l’on appelle « finalité » elle est un mouvement. Autant d’accélérations temporelles dégagées des temporalités de la normalité – des prochaines échéances électorales – transformant les manières d’agir car transformant les manières de penser et de se penser soi-même. C’est ce qui a dû se passer lors des Printemps arabes ou parmi nombre de Palestiniens.
Mais tant que la médiation des corps intermédiaires reste l’objectif, le processus ne se poursuit pas. D’où le besoin d’affirmer où est la « sécession ».
Et ce n’est pas parce que le résultat est loin qu’il faut éluder le commencement, d’autant qu’ainsi conçu, le commencement devient une rupture avec l’ordre établi.
Il ne s’agit donc pas de faire patienter mais au contraire de faire montrer la puissance du levier que les intéressé/es ont entre leurs mains.
Pierre ZARKA


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